Apprenez à jardiner dans le respect de votre environnement, un site de la SNHF

Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 Ă  11 ans

Histoire et symbolique de l'arbre

Quercus rubra (D.Lejeune)L’arbre accompagne l’homme du berceau au cercueil. Il assure la charpente de sa maison (chêne, peuplier), protège ses murs, peut couvrir son toit (châtaignier, mélèze). Il alimente la chaleur du foyer. Seul, il a longtemps permis l’exploitation des minerais (chêne). Il fournit des manches d’outils (cornouiller), des armes (if), des appareils de mesure (fruitiers), des instruments de musique (épicéa, érable, buis)... Son écorce a servi à s’habiller, à se chausser, à écrire, à confectionner des cordages (orme, tilleul), des embarcations. Elle a soigné et guéri (quinquina, saule). Sa sève nourrit (érable) ou enivre (bouleau). Son feuillage a nourri le bétail en période de disette (peuplier, saule) et a permis l’élevage du bombyx à soie (mûrier). Toutes les couleurs possibles et imaginables ont été tirées de ses racines, de son écorce, de son bois, de ses fruits (bois de Brésil...). Il a été bouturé, marcotté, greffé pour fixer les améliorations issues de la sélection. Il a été nanifié et sublimé en sculpture vivante par l’art délicat du bonsaï. Il a été plié à la discipline et à la géométrie des jardins (if, buis).
L’arbre est omniprésent au coeur des grandes légendes fondatrices : arbre de Jessé, arbre de Judas des chrétiens, figuier de l’illumination de Bouddha, arbre du monde de l’Islam, frêne Yggdrasil des Germains, arbre de Mai ou son avatar, l’arbre de la Liberté, sont exemplaires. Les noms de villes ou de villages (Avallon, Ebreuil, le Theil…) ainsi que les noms de famille (Chassagne, Aufragne, Besse…) confirment la vieille alliance passée entre l’arbre et l’homme.

Une alliance qui n’en finit pas puisque, tout au long de l’histoire et dans de nombreux pays, chaque événement important est l’occasion de plantations symboliques (platane de Diane de Poitiers aux Clayes-sous-Bois, cèdre de Marengo à La Malmaison, nombreux tilleuls de Sully plantés sur ordre en 1598, arbres de la Liberté et de la Fraternité encouragés par la Convention, séquoias géants plantés à la naissance du Prince impérial en 1856, chêne du Maréchal baptisé à Tronçais en 1940 et promptement converti en chêne de la Résistance en 1943). Depuis le cèdre de l’Atlas que Raymond Barre planta en 1980, nos chefs de gouvernement successifs ont pris l’habitude d’introduire un arbre singulier dans le parc de Matignon, transformant peu à peu l’oeuvre d’Achille Duchêne en une forêt symbolique que n’auraient pas reniée les anciens Grecs.

L’arbre généalogique reste sans doute l’un des témoignages d’humilité et de fusion le plus accompli, puisque c’est l’ensemble d’une descendance humaine à consanguinité contrôlée qui se mesure à la longévité d’un arbre. Songeons aux dimensions et à l’âge des séquoias américains, des baobabs africains ou de certains ficus indous. Pensons encore à ces respectables ancêtres que sont les gros ifs des cimetières normands. Considérons également les plus vieux orangers de la collection royale de Versailles. Colonie en puissance, expression biologique peut-être fractale, l’arbre croît et se répare selon une loi propre à son espèce. Les différents modèles architecturaux, ainsi que les processus naturels de défense contre les agresseurs, sont aujourd’hui mieux compris et constituent des bases solides pour la gestion du patrimoine des villes et des parcs. La forêt française est abondante et bien gérée et il est loin le temps où l’abbé Suger eut des difficultés à approvisionner le chantier de Saint-Denis. Il est moins loin, le temps où la marine de Louis XIV surexploitait le patrimoine. Elle reste fragile devant les grands aléas climatiques tels que bourrasques ou canicules.
 
Les arrivées successives de nouveaux parasites ou prédateurs, leurs adaptations au climat et à ses changements, mettent également l’arbre et la forêt en péril. Nous avons vu l’immense majorité des ormes disparaître au cours de la décennie 1970 sous les attaques de nouvelles souches de graphiose. Aujourd’hui, deux insectes sont particulièrement inquiétants : la processionnaire des pins à deux feuilles et la mineuse des marronniers. L’arbre est enfin un puits de carbone idéal et participe puissamment à la régulation des émissions de gaz à effet de serre. Il représente à ce titre un enjeu économique et environnemental planétaire. Pensons mondialement et agissons localement !

Heureusement, les citadins aiment leurs arbres et les défendent… surtout s’ils sont plantés de l’autre côté de la rue, que leurs feuilles ne tombent pas dans les gouttières, que leurs fruits ne souillent pas les trottoirs, que leurs racines se fassent oublier, que leurs troncs ne se jettent pas sur les voitures ! Maudits soient les jardiniers qui ne plantent pas d’arbres et maudits soient-ils s’ils ne les maîtrisent pas.

Daniel Lejeune - Société d'Horticulture du Cher
Conférence lors de la journée à thème sur l'arbre. Bourges 2011

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