Apprenez à jardiner dans le respect de votre environnement, un site de la SNHF

Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 à 11 ans

Fragment pour un dictionnaire des termes d'usage en botanique

Texte de J.-J. Rousseau paru en 1781

Le premier malheur de la botanique est d'avoir été regardée dès sa naissance comme une partie de la médecine. Cela fit qu'on ne s'attacha qu'à trouver ou supposer des vertus aux plantes, et qu'on négligea la connoissance des plantes mêmes ; car comment se livrer aux courses immenses et continuelles qu'exige cette recherche, et en même temps aux travaux sédentaires du laboratoire, et aux traitements des malades, par lesquels on parvient à s'assurer de la nature des substances végétales, et de leurs effets dans le corps humain ? Cette fausse manière d'envisager la botanique en a long-temps rétréci l'étude, au point de la borner presque aux plantes usuelles, et de réduire la chaîne végétale à un petit nombre de chaînons interrompus ; encore ces chaînons mêmes ont-ils été très mal étudiés, parce qu'on y regardoit seulement la matière, et non pas l'organisation. Comment se seroit-on beaucoup occupé de la structure organique d'une substance, ou plutôt d'une masse ramifiée, qu'on ne songeoit qu'à piler dans un mortier ? On ne cherchoit des plantes que pour trouver des remèdes ; on ne cherchoit pas des plantes, mais des simples. C'étoit fort bien fait, dira-t-on ; soit : mais il n'en a pas moins résulté que, si l'on connoissoit fort bien les remèdes, on le laissoit pas de connoître fort mal les plantes, et c'est tout ce que j'avance ici.
La botanique n'étoit rien !...

TELECHARGER L'ARTICLE EN PDF

Ce texte de Jean-Jacques Rousseau, introductif à son dictionnaire de botanique, est intéressant à plus d'un titre. Outre la mise en évidence de la position personnelle de l'auteur par rapport à la science des plantes, considérée à la fois comme un délassement et comme un exercice d'encyclopédiste, la publication se situe à une époque pré-horticole où le jardinage joue pourtant un rôle fondamental dans l'élaboration de la classification du monde végétal.

Il ne reste, à cette époque, de la classification de Tournefort, que la notion de genre ; la classification sexuelle de Linné commence seulement à se généraliser. Elle sera usitée jusqu'à la fin du XIXème siècle, y compris dans bon nombre d'ouvrages horticoles ; la méthode naturelle, mise au point par Adrien de Jussieu pour la plantation du Trianon, ne tardera pas à être vulgarisée, en 1789, par son neveu Antoine Laurent, mais ne s'imposera que tardivement dans l'enseignement de la botanique.

Daniel Lejeune