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Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 à 11 ans

Un humanisme de l'horticulture

Portrait d'H Delbard (C.Secq)Henri Delbard
Président de la SNHF

Ce texte a été écrit en 1988 par notre président avec son ami philosophe, Henri Charnay.

La plante et la fleur sont une m√©diation pour le "retour √† la nature". Formes, couleurs et parfums font appel √† tous les sens. Nous avons l√† une EDUCATION DE LA SENSIBILITE. L'histoire fantastique de la plante et de la fleur nous ouvre √† la compr√©hension de l'√©volution de la vie sur la terre. Nous pouvons y trouver des le√ßons de sagesse : c'est en quelque sorte un ENSEIGNEMENT DE LA NATURE. Ce sont l√† deux exigences fondamentales, vitales, dans un monde dont nous ne ma√ģtrisons pas l'explosion des changements. Le colloque des Prix Nobel a √©voqu√© les menaces et les promesses de ce monde.

Les menaces ? Les comportements humains sont perturbés par l'accélération et l'ampleur des changements. Les promesses ? Elles sont grandes. Nous pouvons créer l'abondance et un monde vivable pour l'humanité toute entière.

Vous trouvez ici le point de vue et la subjectivité d’un pédagogue. J'ai été très frappé, il y a quelques années, par une réaction de l'Association des professeurs de biologie et d'histoire naturelle. Ces enseignants demandent que soit donné aux élèves une compréhension sensible du phénomène de la vie.

Un vaste d√©bat est ouvert. Le public conna√ģt maintenant l'interaction n√©cessaire des deux h√©misph√®res du cerveau :
- Hémisphère droit : sensibilité, vision, intuition. Nos enseignements dédaignent ces pouvoirs majeurs.
- Hémisphère gauche : langage, abstraction, déduction. Nos enseignements misent surtout sur ces pouvoirs de la pensée. On pourrait dire que notre cerveau ne fonctionne qu'avec sa moitié utilitaire. Il faut donc, en tous milieux, mobiliser les moyens qui permettent de réinvestir le cerveau dans sa fonction millénaire.

L'EDUCATION DE LA SENSIBILITE ! C'est, dans nos sociétés industrielles, la rééducation de l'hémisphère droit. Mais cette sensibilité demande un domaine pour se manifester. La fleur et la plante, la nature dans son acception la plus générale, sont notre recours. Il faut acquérir une vision du phénomène de la vie dans son évolution et dans sa situation actuelle. Voici un paradoxe. Nous ne pouvons pas éduquer la sensibilité si nous n'avons pas le recours au domaine vivant de la nature. Nous ne pouvons pas recevoir l'ENSEIGNEMENT DE LA NATURE si notre sensibilité ne nous y ouvre pas.

Voila pourquoi nous relions nos deux objectifs : éducation de la sensibilité - enseignement de la nature. Comment pouvons-nous les atteindre ? Quel en est le moyen? C'est très simple; Nous savons que les comportements sont influencés par de l'information. Quelle information devons-nous construire pour atteindre ces deux objectifs ? Nous pouvons ouvrir les voies d'une compréhension sensible du phénomène de la vie, L'histoire de la plante et de la fleur éclaire les origines de ce phénomène. La même histoire éclaire l’évolution même de l'espèce humaine.

Imaginons une caverne d'Ali-Baba. Il faut le "S√©same ouvre-toi¬†¬Ľ pour y p√©n√©trer. La porte, c'est l'histoire de la plante et de la fleur. Une fois dans la caverne, nous pouvons acc√©der √† une vision de l'√©volution. Nous pouvons comprendre que par le fait de notre puissance sur les √™tres et les choses, nous sommes responsables de l'avenir de la vie sur la terre et par cons√©quent de l'avenir de l'humanit√©. Tout se passe comme si dans un plan de la vie - un plan de Dieu pour le croyant - notre esp√®ce devait assumer son propre avenir, mais assumer aussi l'avenir des millions d'esp√®ces v√©g√©tales et animales qui animent notre Terre.

Revenons √† la porte de la caverne. Nous venons de dire qu'elle est ouverte par l'horticulture. ¬†Nous d√©couvrirons la complexit√© du ph√©nom√®ne de la vie, l'interd√©pendance de tout le vivant sur la plan√®te, la n√©cessit√© de la solidarit√©... Nous ressentirons l'acc√©l√©ration soudaine de l'√©volution de l'humanit√©. Nous aurons une vue d'ensemble sur le couple "Menaces-Promesses". Nous ressentirons jusqu‚Äô√† une sorte d‚Äôangoisse notre puissance pratiquement illimit√©e - la ma√ģtrise du g√™ne et de l'atome. Nous devons organiser la vie sur la Terre. Nous sommes en quelque sorte le RELAIS DE L'EVOLUTION.

Alors, o√Ļ en sommes-nous? Nous sommes dans l'inqui√©tude. Le grand public en conna√ģt les raisons: d√©gradation des sols et des mers, de l'atmosph√®re et de la couche d'ozone, destruction d'esp√®ces animales et v√©g√©tales, extension de la violence, atteintes √† la qualit√© de la vie, atteintes √† la dignit√© de l'homme...

Il est proclam√© qu'il faut construire un "nouvel ordre international de l'√©conomie¬†¬Ľ. C'est par une vive compr√©hension du ph√©nom√®ne de la vie et de l'√©volution de l'humanit√© que nous saurons lui donner sa direction. L'√©conomie doit √©tablir la meilleure relation possible entre le vivant et notre plan√®te. Le dilemme : ou bien l'√©conomie tient compte des exigences de l' personne humaine et des soins que requiert la nature, et dans ce cas elle sera florissante dans l'√©panouissement de la soci√©t√©; ou bien elle continuera d'ignorer l'imp√©ratif vital du respect de l'homme, de la nature et de la vie, et dans ce cas elle sera malade de la maladie de l'homme, de la maladie de la Nature et finalement malade de la maladie des soci√©t√©s industrielles.

La crise. Obsession de l'Avoir. Terrible inégalité Nord/Sud. On oublie l'Etre. On oublie le développement véritable qui est un épanouissement de la personne humaine. Des Valeurs universelles sont proclamées. Des idées sont acceptées. On sait ce qu'il faut faire. Il faut passer à l'acte. Passage qui demande que l'Etre soit saisi tout entier. C'est notre propos. Montrer que nous pouvons transformer les comportements si l'information accède à la conscience par les voies de la sensibilité, du coeur et de l'imagination.

Voil√† pourquoi les plantes, les fleurs ont une vocation pr√©dominante. Elles ouvrent la porte de la caverne o√Ļ l'on d√©couvre les immenses richesses de la vie, que nous ignorons, richesses qu'il faut sauvegarder. Ressentir au plus profond de l'Etre que nous sommes les usufruitiers du patrimoine de la vie qui remonte aux origines. Nous devons nous conduire en gestionnaires. En ce qui nous concerne ici, il faut oser penser qu'il peut, qu'il doit y avoir un HUMANISME DE L'HORTICULTURE.

Les orchid√©es, ma√ģtresses de l'enseignement de la nature. 20.000 esp√®ces. La plus prodigieuse combinaison de formes, de couleurs et de parfums. Il faut lire le livre de Jean-Marie Pelt "Amours et civilisations v√©g√©tales". Il montre les origines de la vie dans la plante et la fleur. Une magie de la cr√©ation. Je le cite. Il dit "L'histoire fantastique de la mont√©e de la vie, de la pouss√©e de la s√®ve dans l'une des branches ma√ģtresses de l'arbre g√©n√©alogique du monde vivant : le r√®gne v√©g√©tal. Une histoire o√Ļ l'on d√©c√®le le g√©nie de l'organisation du vivant, la logique de ses structures, de ses hi√©rarchies, de ses organisations, de ses chronologies, de ses m√©canismes et de ses 1ois.¬†¬Ľ

Permettez-moi de citer encore Jean-Marie Pelt. Il proclame un acte de foi en la vie. Ecoutons: ¬ę¬†Non, l'univers n'est point le chaos. Et, si d√©sordre il y a, c'est d'abord dans notre t√™te qu'il faut l'y chercher! Pauvre cerveau humain, satur√© d'informations futiles ou contradictoires et trop absorb√© par la n√©cessit√© de s'agiter et de courir sans cesse pour pouvoir encore d√©couvrir ce que tous les hommes de tous les temps avaient su voir et exprimer √† travers leurs sagesses et leurs religions : √† savoir, que l'univers a un sens, qu'un ordre profond le r√©git et s'impose √† nous comme au microbe, √† l'animal ou √† la fleur. Ce que chaque enfant indien apprend de son p√®re et de sa terre, nous l'avons oubli√©, pr√©occup√©s que nous sommes √† manipuler nos ordinateurs et √† entretenir √† grand frais l'√©norme machine √† produire et √† consommer qu'est devenue notre civilisation.¬†¬Ľ

Il faut qu'un retour à la nature soit une redécouverte de la sagesse, un retour à nos racines.

LES RACINES. L'enseignement de la nature, c'est l'enseignement de la vie. Il a primordialement pour objet de nous faire d√©couvrir nos racines dans l'√©volution m√™me de la vie. Ces racines commencent dans la fabuleuse cr√©ation des orchid√©es. Nous les percevons ensuite dans l'histoire de l'humanit√©, l‚Äôhistoire des civilisations, des peuples, des provinces. C'est finalement l'histoire du petit coin dans lequel chacun de nous a v√©cu, dans lequel il s'est enracin√©. C'est √† partir de cette r√©f√©rence intime que nous remontons vers un pass√© qui nous enseigne la sagesse de la vie. Tocqueville l'a ressenti "Si le pass√© n'√©claire pas l'avenir, disait-il, l'esprit avance dans les t√©n√®bres". Il faut sauvegarder le pass√© de la Vie pour en assurer le r√®gne dans les g√©n√©rations futures. Revenons aux orchid√©es: 20 000 esp√®ces. Citons encore Jean-Marie Pelt : ¬ę¬†Comment la vie a-t-elle permis un aussi fabuleux d√©ploiement d‚Äôimagination pour aboutir √† des √™tres v√©g√©taux aussi sophistiqu√©s, et qui finissent par nous appara√ģtre comme de tout proches cousins¬†¬Ľ.

"La Vie, constate J-M. Pelt, n'accumule jamais ses d√©chets √† l'infini : elle les recycle soigneusement, √©vitant ainsi le risque de s'√©touffer sous ses propres d√©chets. Bel exemple de recyclage que l'√©cologie offre aux √©conomies des vieux pays industriels qui, ayant d√©j√† √©puis√© leurs ressources, sont contraints, aujourd'hui, de songer, eux aussi, √† recycler leurs d√©chets pour √©conomiser des mati√®res premi√®res devenues rares et co√Ľteuses".

J'ai dit que tout le propos √©tait orient√© pour l'enseignement de la nature. Entendons cet enseignement pendant qu'il est encore temps. Il faut ma√ģtriser, recycler nos d√©chets avant que leur encombrement rende la terre invivable. Sans tomber dans le pi√®ge de "l'anthropomorphisme" nous d√©couvrons avec un √©tonnement sans borne ce qui nous appara√ģt comme "une intelligence de la Vie".

Les orchid√©es savent ruser pour assurer la reproduction avec la collaboration de l'insecte. J.M. Pelt constate que "les orchid√©es mim√©tiques prennent d'√©tonnantes pr√©cautions pour conserver leur pouvoir de s√©duction¬†: elles font preuve, ici encore, d'une surprenante f√©minit√©, mettant en oeuvre les techniques de maquillage les plus sophistiqu√©es. Pour rester fra√ģches et attractives durant des semaines et parfois durant des mois, elles se rev√™tent de fards √©pais sous forme d'une cuticule √©lastique et imperm√©able leur permettant d'affronter le mauvais temps sans dommages. Ainsi, quelques millions d'ann√©es avant l'√©mergence de l'homme, l'orchid√©e savait combien est grand le r√īle du maquillage et du v√™tement dans les strat√©gies de la s√©duction.¬†¬Ľ

LA MAITRISE DE LA COMMUNICATION. Formes, couleurs, parfums se combinent de multiples fa√ßons pour s√©duire le partenaire m√Ęle. Communication dans le domaine du sensible, l'appel √† tous les sens. On peut dire que la fleur est la premi√®re agence de communication invent√©e par la Vie.

Il faut offrir aujourd'hui la fleur de telle manière qu'elle ouvre la sensibilité, le coeur et l'imagination aux problèmes de notre monde. C'est cela même l'objet du couple "éducation de la sensibilité -enseignement de la Nature".

L'HEMISPHERE DROIT. Nous avons dit en préambule de cet exposé le délaissement de l'hémisphère droit. Une mutilation du vivant. Il faut réanimer l'Etre. Il faut que l'on ressente, dans la profondeur - dans les tripes, dirait l'homme du peuple - la splendeur du phénomène de la Vie. On parle beaucoup des biotechniques, ce pouvoir dans le domaine de la vie. De quel droit intervenir ? Quels critères avons-nous pour orienter notre action sur la Vie dans tous les recoins de la planète ?

La réponse est un acte de soumission à la Vie. Il faut être guidé par Elle. Et nous revenons sans cesse à l'ENSEIGNEMENT DE LA NATURE. "Elle (la nature) nous apprend qu'elle sait faire tout ce que nous faisons, puisqu'elle le fit avant nous ... avant de nous faire. Elle est notre modèle. Tout nous unit à elle. Et nous en émergeons (Jean-Marie Pelt)". Elle enseigne le courage et la dignité.

La nature nous enseigne finalement la sagesse de la vie. Etymologie ! VIE ‚Äď Bio. SAGESSE ‚Äď Sophie. Le tout : BIOSOPHIE.

LUXE : On voit partout dans nos campagnes les fleurs prolif√©rer dans les espaces les plus insolites. Leur domaine jadis ne d√©passait gu√®re les murs qui entourent le ch√Ęteau du village. On pourrait donc dire qu'il y a aujourd'hui "un luxe d√©mocratique¬†¬Ľ. La fleur devient populaire. Voil√† une¬† situation antinomique puisque par d√©finition, le luxe est un bien ou un service co√Ľteux, apanage d,'une population ais√©e, peu nombreuse et cultiv√©e (tableaux, sculptures, meubles, tapis) : "un luxe aristocratique".

Voltaire se r√©jouirait de voir un luxe d√©mocratique. Il disait que "Si l'on entend par luxe tout ce qui est au-del√† du n√©cessaire, le luxe est une suite naturelle des progr√®s de l‚Äôesp√®ce humaine.¬†¬Ľ Mais les progr√®s de l'esp√®ce humaine √©voquent aussi aujourd'hui la fantastique efficacit√© des moyens de destruction. Le luxe, aristocratique ou d√©mocratique, demande un progr√®s dans la paix. Il demande aussi la bonne sant√© des soci√©t√©s. C'est ainsi que des populations de plus en plus nombreuses pourront animer leur environnement par la plante et la fleur : le studio, la terrasse, le jardin intime, le jardin public. Animer des manifestations de toute nature.

La croissance économique permettra d'élever le pouvoir d'achat. Il reste à l'horticulture à inventer de nouvelles fleurs, à les produire en plus grande quantité. Une telle horticulture sera un des moyens d'épanouissement de la personne humaine. C'est dans cette perspective que se justifiera une appellation quelque peu insolite pour le moment : UN HUMANISME DE L'HORTICULTURE.

Il faut offrir aujourd'hui la fleur de telle manière qu'elle ouvre la sensibilité, le coeur et l'imagination aux problèmes de notre monde.