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Charles Darwin et le darwinisme

Charles DarwinLe bicentenaire de la naissance de Darwin est l'occasion de rappeler dans quelles conditions ce savant mena et publia ses travaux, dont faisait déjà écho Édouard André dans la Revue Horticole en 1873.
C'est le 12 février 1809 que Charles Robert Darwin vit le jour à Shrewsbury en Angleterre. Son grand-père Erasmus Darwin, naturaliste, était acquis à la théorie transformiste du chevalier de Lamarck. Son père, médecin et financier prospère, le destinant sans doute à lui succéder, l'emmena dans ses tournées durant l'année 1825, puis l'expédia à l'université d'Edimbourg pour y étudier la médecine. Définitivement dégoûté à la vue des méthodes chirurgicales alors pratiquées, Charles Darwin mena dorénavant des études erratiques, tout en consacrant beaucoup de temps à différents aspects des sciences naturelles :
- il s'initia à la taxidermie auprès de John Edmonstone, qui l'intéressa en outre aux forêts tropicales d'Amérique du Sud,
- il travailla sur les animaux marins auprès de Robert Edmond Grant, un autre partisan de l'évolution,
- il se forma à la stratigraphie géologique et à la classification des plantes avec Robert Jameson.

En 1827, son père l'inscrivit à des études de théologie afin de lui permettre au moins d'accéder à une carrière de pasteur anglican. Mais le jeune Charles préférait alors se passionner pour les coléoptères dont il approfondissait sa connaissance auprès du révérend John Stevens Henslow, entomologiste et botaniste. Reçu, en 1831, 10e sur 178, il s'efforça de retarder le plus possible son entrée dans les ordres en prétextant le projet d'un voyage d'étude naturaliste dans l'île de Ténériffe. C'est alors qu'Henslow, qui avait bien mesuré les potentialités éclectiques de son élève, le recommanda comme naturaliste bénévole à bord du HMS Beagle pour un périple qui dura presque six ans, du 27 décembre 1831 au 27 octobre 1837. La mission du capitaine Fitz-Roy consistait à cartographier les côtes de l'Amérique du Sud. Ce voyage lui donna l'occasion d'accumuler une incroyable quantité d'échantillons et d'observations, qu'il consigna, dit-on, dans deux recueils séparés. Un premier carnet, « factuel », relevait des sciences d'observation habituelles pour l'époque et alimentera sa publication The Voyage of the Beagle. Dans le second, que l'on pourrait qualifier d'« intime », il cherchait à mettre en cohérence et en perspective des éléments épars pour confirmer ou infirmer les théories de Charles Lyell, (Principles of Geology), dont il étudiait minutieusement les écrits au fur et à mesure que les escales lui permettaient de s'en procurer les volumes successifs. On sait ce que Darwin fera jaillir de ces observations. L'apport de l'horticulture à ses théories est moins connu, tout comme sont aujourd'hui trop peu consultés ses différents ouvrages sur le comportement des plantes et leur sexualité.
La Revue Horticole publie en 1873 pp. 293-300 la longue relation d'une visite d'Édouard André à Charles Darwin en 1868 1. Traitant d'un sujet sensible, l'article est précédé d'une introduction et d'un avertissement d'Abel Carrière 2 : « Nous avons l'espoir que l'éminent savant anglais ne sera pas blessé de notre hardiesse à le faire représenter dans un recueil aussi modeste que la Revue Horticole. Si quelque chose pouvait intervenir en notre faveur et nous faire pardonner de l'illustre génie, c'est la respectueuse estime, la considération, nous dirions presque la vénération, que nous avons pour cet homme, dont notre collègue, M. Édouard André, a bien voulu se charger d'esquisser la biographie. Donnons maintenant la parole à M. Éd. André, en lui laissant toute la responsabilité des diverses opinions qu'il émet et que, pour une certaine partie, nous sommes loin de partager. »

Édouard André commence ainsi : « Nous venions pour causer longuement avec lui et ajouter [...] à certains de ses savants ouvrages que nous connaissions [...] 3 ...Après avoir longuement discuté sur cette fameuse théorie du transformisme, à laquelle la science a donné le nom du maître (darwinisme), le jardin et la serre furent visités, ainsi que le poulailler et le pigeonnier ». Après s'être un peu attardé sur les cultures spéciales et les élevages auxquels s'adonne Charles Darwin pour les besoins de ses observations, Éd. André retrace le passé et la carrière naturaliste de ce « vieillard » de soixante ans. Il s'efforce de replacer sa démarche dans la continuité scientifique et rappelle les tempêtes et controverses que soulève dorénavant son seul nom, à l'exemple des travaux de Pasteur. Après avoir abordé l'ouvrage sur la variation et la sélection des animaux et des plantes, Éd. André disserte sur la question de l'origine de l'homme et de la filiation simiesque défendue par Darwin. Il affiche clairement (et prudemment) son désaccord par rapport à cette thèse récemment publiée, et sentant le soufre et le fagot pour beaucoup de scientifiques. Notons cependant que l'homme de Néanderthal avait été découvert dans une carrière dès 1856 et que des restes de l'homme de Cro-Magnon venaient justement d'être mis à jour en 1868. Darwin fut un observateur et un expérimentateur remarquable, qui sut mettre en perspective le fruit de ses récoltes à bord du Beagle, mais aussi les innombrables faits collectés par les sélectionneurs d'animaux ou de végétaux. Il pensait à juste titre que le travail de sélection des jardiniers ou des éleveurs mettait en oeuvre les mêmes mécanismes évolutifs que ceux que la nature inflige aux espèces sauvages sur des durées considérables. S'il n'a pas exploité le travail de Mendel, pourtant paru en anglais dès 1865 4, ses lectures lui avaient donné accès aux travaux d'Henri Lecoq, qu'il cite (Étude sur la géographie botanique de l'Europe, 1854 et De la fécondation naturelle et artificielle des végétaux et de l'hybridation, 1845) et qu'il a peut-être rencontré au congrès de botanique de Londres en 1866. Il cite également Carrière, qu'il avait lu à travers les articles du Gardener's Chronicle, et dont il dira à Édouard André, regretter de n'avoir pas davantage exploité les observations, s'il y avait eu directement accès. Il cite encore Bernard Verlot ou Loiseleur-Delongchamp. Nous ne savons malheureusement pas s'il a eu connaissance du travail de Charles Naudin publié en 1862, Mémoire sur les hybrides du règne végétal. Nous sommes à une époque où les mécanismes de la descendance se théorisent et la notion d'espèce selon Linné fait beaucoup débat. Darwin sut remarquablement synthétiser l'essentiel de ces deux concepts que la génétique viendra préciser à l'aube du siècle suivant.

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Daniel Lejeune (SNHF)Daniel Lejeune
Article paru dans Jardins de France en mai 2009

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