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Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 à 11 ans

La tradition du chrysanthème au Japon

Alors que voici venue l’époque où l’on fleurit les tombes de nos défunts de chrysanthèmes, faisons un petit voyage au pays du soleil levant pour voir ce qui s’y passe…

Le chrysanthème, ou « fleur d’or », originaire de Chine, est arrivé au Japon sous l’ère NARA (710-794) et a tout d’abord été considéré comme plante médicinale (abaissement de la fièvre, remède contre les inflammations…), comme ce fut le cas pour un grand nombre de plantes chinoises arrivées au Japon à cette époque.

Puis, sous l’ère HEIAN (794-1185), la famille impériale et la cour s’intéressèrent davantage à la beauté de sa fleur, créant même des banquets et une fête en son honneur. C’est l’empereur GO-TOBA qui, au début du 13ème siècle, décida d’utiliser la forme à seize pétales comme emblème de la famille impériale.

Limitée au début au bon plaisir de l’aristocratie japonaise, la culture du chrysanthème se développa considérablement sous l’ère EDO (1600-1868) à partir de la ville impériale de Kyoto. De nombreuses « maisons » se spécialisèrent dans la culture et la création de nouvelles variétés de chrysanthèmes et exposaient leur production lors de « présentations », dans des auberges traditionnelles et dans des temples de Kyoto. Plusieurs estampes japonaises nous permettent d’avoir une idée de ces présentations, qui réunissaient généralement entre cinquante à soixante pépiniéristes, pour une centaine de chrysanthèmes exposés. La forme, la couleur des fleurs, le nom de la variété, son prix (très cher), sa culture étaient consciencieusement notés dans un registre qui sont des sources d’information extraordinaires.

Centrée sur la ville impériale de Kyoto entre 1688 et 1703, la culture du chrysanthème se répandit ensuite à travers tout le pays, dans une course effrénée à la création et l’on vit apparaître des productions locales très importantes.

En 1719 fut publié un ouvrage de référence, le « Kyôshingikumeikasôwarinaechô », détaillant 475 variétés de chrysanthèmes de l’époque et l’on réalise que le prix des chrysanthèmes était alors très cher car les variétés les plus prisées se négociaient à un équivalent de 750 à 1 000 euros d’aujourd’hui !

Mais qu’en était-il de ces chrysanthèmes, qui généraient une telle frénésie et qui attirent tout autant les foules aujourd’hui lors des festivals de chrysanthèmes ?

Les Japonais distinguent trois familles principales de chrysanthèmes :

1.   Les grands chrysanthèmes, « Oo-giku », avec un diamètre de fleur de 10 cm environ ; ce sont des chrysanthèmes cultivés dans un but ornemental et présentés dans des styles extrêmement codifiés lors des festivals que l’on peut voir en ce moment au Japon. On distingue plusieurs formes de fleurs :

 a.   La forme « atsu-mono » : inflorescence épaisse avec une centaine de « pétales » en forme d’écaille de poisson, incurvés vers le centre et soigneusement ordonnés.

 b.   La forme « atsu-bashiri » : même forme que la précédente, mais avec des ligules qui semblent courir vers l’extérieur, dans la partie inférieure (d’où le nom japonais car « hashiru » signifie courir).

 c.   La forme « oo-tsukami » : même forme que les deux autres, mais avec la particularité suivante : la tête de l’inflorescence nous donne l’impression d’avoir été saisie entre deux mains (d’où le nom japonais car le verbe « tsukamu » signifie pincer, tenir fortement entre les mains) et il y a également de longs « pétales » qui courent vers l’extérieur dans la partie inférieure.

 d.   La forme « kuda-mono » : les « pétales », allongés, ont ici une forme tubulaire, avec une extrémité affinée, recourbée et le centre de l’inflorescence a la forme d’un bol de riz japonais. Selon la finesse des ligules, on distingue, par ordre décroissant d’épaisseur trois appellations différentes : « futo-kuda », « kan-kuda » (intermédiaire) et « hoso-kuda » (ou « hari-kuda » comparée à la taille d’une aiguille).

e.   La forme « hiro-mono » : qui a une forme étalée horizontale, souvent soutenue par un collier lors des présentations japonaises. On distingue la forme à fleur simple, appelée « ichimonji » et la forme à fleur double, appelée « mino-giku ».

2.   Les chrysanthèmes de taille moyenne, « chû-giku », également appelés « chrysanthèmes classiques » (koten-giku) ou encore « chrysanthèmes d’Edo » (edo-giku) car ce sont eux qui furent développés à grande échelle durant cette ère Edo (17ème au 19ème siècle). Les Japonais de l’époque n’ont eu aucune limite dans la création variétale car ces chrysanthèmes ont la particularité d’avoir une floraison qui varie du début jusqu’à la fin, exerçant même un véritable ballet artistique pour certains ! On distingue 4 formes principales, qui portent le nom de la région dans laquelle elles furent créées :

 a.   Les chrysanthèmes de Saga, « saga-giku » : Saga est le nom d’une ancienne province de la région de Kyoto. Les ligules longs et fins commencent à fleurir de façon horizontale, puis se redressent en cours de floraison pour prendre la forme d’un bol !

 b.   Les chrysanthèmes d’Ise, « ise-giku » : créés dans l’ancienne province d’Ise (préfecture de Mie), ces chrysanthèmes sont une variante des chrysanthèmes de Saga, démarrant leur floraison de manière horizontale également, sauf qu’ils la terminent en retombant vers l’extérieur !

 c.   Les chrysanthèmes de Higo, « higo-giku » : nous allons, cette fois, vers le sud du Japon puisque l’ancienne province de Higo correspond aujourd’hui à la préfecture de Kumamoto, sur l’île de Kyushu. La culture de ces chrysanthèmes a longtemps été tenue secrète et confiée uniquement à des personnes officiellement autorisées. L’inflorescence simple est largement ouverte, en étoile.

 d.   Les chrysanthèmes de Edo, « edo-giku » : créés à Edo, l’ancien nom de la ville de Tokyo, ces chrysanthèmes sont également appelés « chrysanthèmes artistiques » car ils effectuent un véritable ballet ! Les ligules tubulaires en forme de cuiller sont horizontaux au démarrage, puis ils se redressent, se tordent, se tournent et se cambrent ! La floraison, ou devrais-je dire le ballet, dure une dizaine de jours.


3.   Les petits chrysanthèmes, « ko-giku » : avec un diamètre de 3 cm environ, ces petits chrysanthèmes sont utilisés au Japon pour réaliser les cascades, les poupées de chrysanthèmes (kiku-ningyô), les bonsaïs, etc.


Pour mettre tous ces chrysanthèmes en valeur et les montrer au public, les Japonais ont créé plusieurs styles de culture et de présentation, très codifiés, que l’on peut admirer à partir du 1er novembre dans toutes les régions du Japon.

Selon la taille de la fleur de chrysanthème, les styles suivants sont préconisés :

1.   Pour les grands chrysanthèmes, on verra notamment les cultures et formes suivantes :

 a.   « sanbon-jitate » : on développe trois branches à partir d’un pied de chrysanthème, avec une inflorescence au sommet de chaque branche. La branche la plus haute symbolise le ciel et les deux autres, la terre et l’homme ; à l’image de ce que l’on observe en ikebana (arrangement floral japonais). Les Japonais utilisent des inflorescences de couleur blanche, jaune et rose et disposent douze pieds sur quatre rangées et trois lignes en créant des diagonales blanches, jaunes et roses. La composition a une hauteur comprise entre 90 cm et 155 cm.

 b.   « ippon-jitate » : on développe une seule branche sur un pied et l’idée est de présenter une couleur par rangée de chrysanthèmes.

 c.   « nanahon-jitate » : à partir d’un pied, on fait partir sept branches avec une inflorescence au sommet en faisant en sorte que les fleurs du milieu soient légèrement plus hautes que celles du pourtour.

 d.   « senrin-zukuri » : c’est l’une des formes qui requiert le plus de technicité car à partir d’un pied de chrysanthème on fait partir plusieurs branches de façon à créer une demi-sphère. L’ensemble peut atteindre trois à quatre mètres de diamètre et déployer de plusieurs centaines à un millier de fleurs au sommet.

 e.   « daruma-zukuri » : cette culture est similaire à la forme « sanbon-jitate » puisque l’on développe trois tiges, mais la composition est plus basse avec une longueur maximum de tige de 60 cm.


2.   Pour les chrysanthèmes de taille moyenne, appelés « edo-giku » ou « koten-giku », on verra les cultures et styles « hôki-zukuri », « shichigosan-zukuri », « tenchin-zukuri », « shino-zukuri » et « higogiku-kadan ».
Les techniques sont tellement particulières qu’il faudrait consacrer un article entier sur leurs caractéristiques de culture !

3.   Pour les petits chrysanthèmes, il y a , une fois encore, toute une variété de cultures et de présentations, mais la plus connue est la « kengai-zukuri », autrement dit la culture en cascade.


Ceux qui ont la chance d’être au Japon en ce moment peuvent admirer toutes ces cultures et présentations partout à travers le pays.

Des sites internet japonais listent les temples, sanctuaires et jardins qui exposent ces chrysanthèmes, mais j’aimerais citer deux endroits qui me semblent particulièrement incontournables : le jardin Shinjuku-gyoen de Tokyo (http://www.jardinsbotaniquesjaponais.fr/ShinjukuGyoen.htm) à visiter entre le 1er et le 15 novembre, et le sanctuaire Yushima Tenjin de Tokyo, entre le 1er et le 23 novembre. (http://www.yushimatenjin.or.jp/pc/eng-page/english.htm)

Ceux qui restent en France pourront toujours profiter du 20ème anniversaire de la création du Conservatoire National du Chrysanthème de Saint-Jean de Braye (45), fondé en 1990 par Madame Paulette Lemaire, fille de l’éminent chrysanthémiste Paul Lemaire, qui détient le label de Collection Nationale CCVS (http://www.ccvs-france.org/) pour sa collection de cultivars français de chrysanthèmes uniflores. (http://www.saintjeandebraye.fr/Vivre-decouvrir/Histoire-et-patrimoine/Le-Conservatoire-National-du-Chrysantheme-Paul-Lemaire)

Du 6 au 14 novembre, ce sera l’occasion de découvrir la collection du Conservatoire, d’assister à des conférences, à des ateliers d’art floral et, peut-être, de changer d’idée sur les chrysanthèmes !

 Sophie Le Berre

à lire : Les fêtes japonaises au rythme des fleurs, Jardins de France, n°618 Le Japon : influences et confluences

http://jardinsbotaniquesjaponais.blogspot.com/

http://www.jardinsbotaniquesjaponais.fr/