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La palmeraie d'Elche en Espagne

Palmier (C.Secq)Près de Valence, la petite ville espagnole d'Elche possède la plus grande concentration de palmiers de toute l'Europe. Et au coeur de cette palmeraie exceptionnelle se trouve le Jardin du Curé - el Huerto del Cura - un lieu de grande beauté qui a traversé les époques sans prendre une ride...

La municipalité d'Elche (ou Elx) est fière de sa palmeraie déclarée patrimoine de l'Humanité par l'Unesco. Cette ville compte entre 200 000 et 300 000 palmiers et le visiteur n'aura que rarement l'occasion de croiser un autre arbre. Le Jardin du Curé, "El Huerto del Cura", est situé dans le centre urbain d'Elche. C'est un petit jardin aux dimensions modestes d'environ 13 000 m2, mais abritant à lui seul presque mille palmiers. On y trouve aussi un grand nombre d'espèces botaniques méditerranéennes et tropicales. La singularité et la beauté paysagère de la palmeraie d'Elche font de celle-ci un parc naturel unique dans le continent européen.

Le Jardin du Curé n'est pas un jardin botanique et n'a jamais prétendu l'être. Chargé d'histoire, ce lieu exceptionnel est le résultat d'une aventure humaine formidable et plusieurs générations l'ont soigné, entretenu et embelli au fil du temps. Lorsqu'on pousse le portail du jardin, s'offre à nous un univers harmonieux, presque intime, où fusionnent l'odeur, la douceur, la sensualité. Partout, les ombres dansent avec les lumières. Très vite, on se sent "ailleurs", coupé du monde extérieur. La paix et le silence y règnent...

Une histoire de 150 ans
Pour les habitants d'Elche, "huerto" désigne un verger, un lot de terre, plus ou moins grand, planté de palmiers. Très souvent, un huerto porte le nom de son propriétaire. Les premières traces écrites sur el Huerto del Cura datent de 1846. Selon un document notarial, son propriétaire, un certain Fenoll de Bonet, vend la maison avec le domaine à Juan Espuche, résidant à Oran. Quelques années plus tard, Andrés Castaño rachète le tout et y passe le reste de sa vie avec sa femme et ses sept enfants. L'un d'entre eux, José Castaño Sanchez, devenu prêtre, a hérité de la propriété. En conséquence, le "Huerto del Cura" porte son nom. Le curé Castaño Sanchez s'occupe de son jardin avec beaucoup d'amour et fait construire une chapelle qui communique avec sa maison. Il en fut propriétaire jusqu'à sa mort, en 1918. L'étrange palmier "candélabre", dont le tronc commun porte huit stipes, a déjà à cette époque sa taille impressionnante. Il se maintient grâce à un support métallique installé par le curé pour soutenir l'arbre et ses huit lourds bras. Même Sissi l'Impératrice se déplace pour découvrir cette merveille, devenue symbole du jardin et de la ville. En mai 1900, l'élite scientifique européenne visite Elche pour y voir l'éclipse totale du soleil et, notamment, pour découvrir l'étrange arbre qui pousse dans le jardin du curé Castaño Sanchez. Le jardin devient célèbre et les premières cartes postales sont imprimées en 1908. Après la mort du curé, de nombreux propriétaires se succèdent, tous amoureux de ce jardin. En 1919, le nouveau propriétaire, Juan Orts Miralles, l'industriel local, a nettement amélioré le jardin, relativement négligé après une année de solitude. Il tente de changer son nom en "Jardin impérial", mais sans succès. Il agrandit et embellit la maison, y ajoutant un étage. Jusqu'à sa mort, et même pendant la première année de la guerre civile espagnole, le jardin est très populaire. Toutes les grandes personnalités admirent ce lieu incontournable... Le jardin a survécu aux pillages et incendies.

Son troisième propriétaire est un homme cultivé, avocat et journaliste, Juan Orts Roman, jusqu'à 1958. C'est le grand réformateur du jardin, à l'origine de la nouvelle maison, bâtie à la place de la première en 1942 par Antonio Serrano, un architecte célèbre. La famille Orts occupait la maison jusqu'à 1991. Face à la maison, un chemin bordé de palmiers, nommé "Tunel de Salomonica", nous mène vers le bassin de la Dame d'Elche, où peut être admirée la reproduction en taille réelle du célèbre buste ibérique découvert dans cette ville en 1897 et qui se trouve actuellement dans le Musée Archéologique National de Madrid.

Le Palmier impérial, vedette du jardin
Installé à droite de la promenade centrale, ce magnifique "candélabre" végétal doté de ses huit "bras" ou stipes, est à l'origine de la popularité du jardin. Le père Castaño le dédia à Sissi, l'Impératrice Elisabeth d'Autriche, lors de sa visite en 1894. D'où son nom de "Palmier impérial". Comme souvenir de cette visite, le jardin abrite un petit buste de l'Impératrice. Curiosité botanique, ce palmier est unique au monde. C'est entre 1865 et 1870 que l'on remarque pour la première fois cet arbre étrange, alors âgé de 30 ans. Sur son tronc, à une hauteur de plus de 2 m, naissent de nouveaux stipes et le palmier forme un grand nombre de pousses. Mais seules huit sont restées, parfaitement symétriques. La plante a grandi harmonieusement au niveau du tronc ainsi qu'au niveau des pousses. En 1880, chaque "jeune" est estimé peser entre 20 et 25 kg. Âgé d'à peu près 165 ans, l'arbre dépasse aujourd'hui de loin le poids de 10 tonnes et se nourrit de la sève fournie par le tronc central, sur un seul système racinaire. Comment expliquer ce phénomène ? En général, les palmiers âgés de plus de 10 ou 15 ans, mâles ou femelles, se multiplient en formant des jeunes pousses à la base du "tronc", tout près du système racinaire. Les jardiniers les éliminent, car ils puisent la sève de l'arbre principal et l'affaiblissent. Mais la naissance des pousses à partir du stipe d'un palmier adulte est un phénomène inhabituel.

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Snezana Gerbault
Article paru dans Jardins de France en octobre 2008

 

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