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Création de Jacques Castagné (D.Ronflard)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 à 11 ans

La palmeraie d'Elche en Espagne

Palmier (C.Secq)Près de Valence, la petite ville espagnole d'Elche possède la plus grande concentration de palmiers de toute l'Europe. Et au coeur de cette palmeraie exceptionnelle se trouve le Jardin du Curé - el Huerto del Cura - un lieu de grande beauté qui a traversé les époques sans prendre une ride...

La municipalité d'Elche (ou Elx) est fière de sa palmeraie déclarée patrimoine de l'Humanité par l'Unesco. Cette ville compte entre 200 000 et 300 000 palmiers et le visiteur n'aura que rarement l'occasion de croiser un autre arbre. Le Jardin du Curé, "El Huerto del Cura", est situé dans le centre urbain d'Elche. C'est un petit jardin aux dimensions modestes d'environ 13 000 m2, mais abritant à lui seul presque mille palmiers. On y trouve aussi un grand nombre d'espèces botaniques méditerranéennes et tropicales. La singularité et la beauté paysagère de la palmeraie d'Elche font de celle-ci un parc naturel unique dans le continent européen.

Le Jardin du Cur√© n'est pas un jardin botanique et n'a jamais pr√©tendu l'√™tre. Charg√© d'histoire, ce lieu exceptionnel est le r√©sultat d'une aventure humaine formidable et plusieurs g√©n√©rations l'ont soign√©, entretenu et embelli au fil du temps. Lorsqu'on pousse le portail du jardin, s'offre √† nous un univers harmonieux, presque intime, o√Ļ fusionnent l'odeur, la douceur, la sensualit√©. Partout, les ombres dansent avec les lumi√®res. Tr√®s vite, on se sent "ailleurs", coup√© du monde ext√©rieur. La paix et le silence y r√®gnent...

Une histoire de 150 ans
Pour les habitants d'Elche, "huerto" d√©signe un verger, un lot de terre, plus ou moins grand, plant√© de palmiers. Tr√®s souvent, un huerto porte le nom de son propri√©taire. Les premi√®res traces √©crites sur el Huerto del Cura datent de 1846. Selon un document notarial, son propri√©taire, un certain Fenoll de Bonet, vend la maison avec le domaine √† Juan Espuche, r√©sidant √† Oran. Quelques ann√©es plus tard, Andr√©s Casta√Īo rach√®te le tout et y passe le reste de sa vie avec sa femme et ses sept enfants. L'un d'entre eux, Jos√© Casta√Īo Sanchez, devenu pr√™tre, a h√©rit√© de la propri√©t√©. En cons√©quence, le "Huerto del Cura" porte son nom. Le cur√© Casta√Īo Sanchez s'occupe de son jardin avec beaucoup d'amour et fait construire une chapelle qui communique avec sa maison. Il en fut propri√©taire jusqu'√† sa mort, en 1918. L'√©trange palmier "cand√©labre", dont le tronc commun porte huit stipes, a d√©j√† √† cette √©poque sa taille impressionnante. Il se maintient gr√Ęce √† un support m√©tallique install√© par le cur√© pour soutenir l'arbre et ses huit lourds bras. M√™me Sissi l'Imp√©ratrice se d√©place pour d√©couvrir cette merveille, devenue symbole du jardin et de la ville. En mai 1900, l'√©lite scientifique europ√©enne visite Elche pour y voir l'√©clipse totale du soleil et, notamment, pour d√©couvrir l'√©trange arbre qui pousse dans le jardin du cur√© Casta√Īo Sanchez. Le jardin devient c√©l√®bre et les premi√®res cartes postales sont imprim√©es en 1908. Apr√®s la mort du cur√©, de nombreux propri√©taires se succ√®dent, tous amoureux de ce jardin. En 1919, le nouveau propri√©taire, Juan Orts Miralles, l'industriel local, a nettement am√©lior√© le jardin, relativement n√©glig√© apr√®s une ann√©e de solitude. Il tente de changer son nom en "Jardin imp√©rial", mais sans succ√®s. Il agrandit et embellit la maison, y ajoutant un √©tage. Jusqu'√† sa mort, et m√™me pendant la premi√®re ann√©e de la guerre civile espagnole, le jardin est tr√®s populaire. Toutes les grandes personnalit√©s admirent ce lieu incontournable... Le jardin a surv√©cu aux pillages et incendies.

Son troisi√®me propri√©taire est un homme cultiv√©, avocat et journaliste, Juan Orts Roman, jusqu'√† 1958. C'est le grand r√©formateur du jardin, √† l'origine de la nouvelle maison, b√Ętie √† la place de la premi√®re en 1942 par Antonio Serrano, un architecte c√©l√®bre. La famille Orts occupait la maison jusqu'√† 1991. Face √† la maison, un chemin bord√© de palmiers, nomm√© "Tunel de Salomonica", nous m√®ne vers le bassin de la Dame d'Elche, o√Ļ peut √™tre admir√©e la reproduction en taille r√©elle du c√©l√®bre buste ib√©rique d√©couvert dans cette ville en 1897 et qui se trouve actuellement dans le Mus√©e Arch√©ologique National de Madrid.

Le Palmier impérial, vedette du jardin
Install√© √† droite de la promenade centrale, ce magnifique "cand√©labre" v√©g√©tal dot√© de ses huit "bras" ou stipes, est √† l'origine de la popularit√© du jardin. Le p√®re Casta√Īo le d√©dia √† Sissi, l'Imp√©ratrice Elisabeth d'Autriche, lors de sa visite en 1894. D'o√Ļ son nom de "Palmier imp√©rial". Comme souvenir de cette visite, le jardin abrite un petit buste de l'Imp√©ratrice. Curiosit√© botanique, ce palmier est unique au monde. C'est entre 1865 et 1870 que l'on remarque pour la premi√®re fois cet arbre √©trange, alors √Ęg√© de 30 ans. Sur son tronc, √† une hauteur de plus de 2 m, naissent de nouveaux stipes et le palmier forme un grand nombre de pousses. Mais seules huit sont rest√©es, parfaitement sym√©triques. La plante a grandi harmonieusement au niveau du tronc ainsi qu'au niveau des pousses. En 1880, chaque "jeune" est estim√© peser entre 20 et 25 kg. √āg√© d'√† peu pr√®s 165 ans, l'arbre d√©passe aujourd'hui de loin le poids de 10 tonnes et se nourrit de la s√®ve fournie par le tronc central, sur un seul syst√®me racinaire. Comment expliquer ce ph√©nom√®ne ? En g√©n√©ral, les palmiers √Ęg√©s de plus de 10 ou 15 ans, m√Ęles ou femelles, se multiplient en formant des jeunes pousses √† la base du "tronc", tout pr√®s du syst√®me racinaire. Les jardiniers les √©liminent, car ils puisent la s√®ve de l'arbre principal et l'affaiblissent. Mais la naissance des pousses √† partir du stipe d'un palmier adulte est un ph√©nom√®ne inhabituel.

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Snezana Gerbault
Article paru dans Jardins de France en octobre 2008

 

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