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Les lichens, des bioindicateurs observés à Paris

La pollution atmosphérique : un élément du stress urbain imposé aux végétaux

Tout d’abord, il faut rappeler que la pollution atmosphérique n’est qu’un élément du stress que connaissent les plantes en ville. En ce qui concerne les arbres d’alignement, les plaies (chocs de voiture, plaies de taille), le tassement des sols, l’urine de chiens ou l’épandage de détergents ou de sels participent beaucoup plus largement au dépérissement de certains sujets.


Les effets de la pollution atmosphérique sur les végétaux parisiens

Ils sont difficiles à mettre en évidence.
Toutefois on constate :
- dépôt de poussières,
- courants d’air chaud,
- nécroses marginales et dépôts huileux,
- sensibilité particulière des persistants.
À Paris, certains arbres très exposés (périphérique) végètent, mais les symptômes éventuels ou les défauts de croissance ne peuvent pas servir à mesurer la pollution atmosphérique.

Intérêt des bioindicateurs

Un bioindicateur est un organisme vivant (animal, végétal supérieur ou microscopique) dont les fonctions vitales réagissent à la pollution.

Intérêt des bioindicateurs, en complément des réseaux de surveillance physico-chimique :
- détection possible de nouveaux polluants,
- prise en compte des synergies entre polluants,
- accumulation de la pollution dans le temps,
- faible coût qui permet de densifier le réseau.


Choix des lichens comme bioindicateurs

Les lichens sont des organismes symbiotiques : algue et champignon. Ils sont présents naturellement sur les arbres et ont des particularités qui les distinguent des végétaux supérieurs et les rendent très sensibles à la pollution. Les qualités de bioindicateurs des lichens sont connues depuis le XIXe siècle. En 1866, Nylander remarque que le nombre de lichens diminue à l’approche des villes et écrit : « Les lichens donnent à leur manière la mesure de la salubrité de l’air ».

De nombreux scientifiques travaillent sur la bioindication lichénique, et on peut séparer les techniques de surveillance en deux grandes catégories :

- si les polluants étudiés ont peu ou pas d’effet sur la croissance des lichens, ceux-ci vont les accumuler et des dosages de polluants seront effectués.
- si les polluants ont un effet sur la croissance ou la mort des lichens, cela va avoir un impact sur la flore lichénique. Les différentes espèces de lichens vont réagir selon leur sensibilité propre, d’où modification des espèces présentes et de leur recouvrement. Des inventaires seront effectués.


Présentation des études de lichens réalisées par la DEV depuis 1998

- Étude préalable sur les chênes du bois de Vincennes (1998).
- Inventaire des lichens dans 27 jardins parisiens (2000-2003).
- Mise au point d’une nouvelle échelle de bioindication lichénique (2003).

Les nombreux relevés de lichens réalisés à Paris ont permis la sélection de lichens facilement identifiables et réagissant aux variations d’oxydes d’azote d’origine automobile. Une échelle de correspondance entre lichens observables et niveaux de NOX, baptisée Li-NOX, a été déposée à l’Institut National de la Propriété Industrielle par la société Aair Lichens. Sélection et suivi de 50 placettes dans les jardins parisiens (à partir de 2004) et de 23 placettes dans les rues (à partir de 2006) : quartiers verts, espaces civilisés, lignes mobilien.

Parmi les 27 jardins inventoriés à Paris, 50 placettes (arbre isolé ou groupe d’arbres) ont été sélectionnées pour faire l’objet d’un suivi avec l’échelle Li- NOX. Ces placettes de référence sont plus ou moins exposées aux polluants. À partir de 2006, 23 placettes choisies dans les rues complètent le réseau. Le relevé consiste à noter la présence de lichens parmi les 16 espèces de l’échelle. L’échelle se décompose en 5 niveaux allant de 1 pour une très forte présence de NOX (niveau NOX ++++) à 5 pour une absence (niveau NOX non significatif) : les lichens sont classés dans l’échelle des plus résistants aux plus sensibles aux NOX. Le niveau de la placette est donné par le niveau du lichen le plus sensible observé. Chaque placette est ainsi notée de 1 à 5.
Ce relevé est éventuellement complété par des précisions sur la localisation et la taille des lichens le plus intéressants à suivre.

Ce relevé est répété tous les deux ans. L’apparition ou la disparition de lichens sur une placette fait varier sa notation. Il convient de ne pas faire de conclusion hâtive d’après les résultats obtenus sur un site. En revanche, l’évolution globale des notations, et l’observation de la croissance ou de la régression de lichens sensibles, sont de bons indicateurs de la variation de la qualité de l’air dans nos jardins.

Les variations de qualité d’air sont très importantes d’un site à l’autre, les 5 niveaux de l’échelle sont représentés. Le niveau 1 se rencontre bien sûr à proximité des voies très circulées. Les lichens du niveau 4 sont présents dans les grands jardins et les bois. Le niveau 5 (optimal) n’est atteint qu’au Parc de Bagatelle.

Les premières évolutions montrent qu’environ 70 % des placettes gardent la même notation d’un relevé sur l’autre. Des améliorations sont constatées sur 20 % des placettes et des diminutions de qualité d’air sur 10 %.

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Frédéric Pelletier
Ville de Paris, Direction des Espaces Verts et de l’Environnement, Service des Sciences et Techniques du Végétal (SSTV), Division des Études Végétales (DEV)
Conférence dans le cadre des journées à thème "Jardins, environnement et santé" Paris 2010

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