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Les sequoias

Sequaiadendrum giganteumDes arbres bien de chez nous
Les Américains sont fiers de leurs arbres géants. Cependant, il fut un temps où les séquoias étaient au moins aussi nombreux dans notre vieille Europe. Réintroduits dans notre continent depuis 150 ans à peine, ils dominent déjà nos parcs et nos jardins. Le mot « séquoia » s’applique, en français courant, à deux espcèes : le séquoia toujours-vert, Sequoia sempervirens, et le séquoia géant, Sequoiadendrum giganteum. Il faut donc parler « des » séquoias pour rassembler dans un même propos l’ensemble des deux espèces (et des deux genres monospécifiques : Sequoia et Sequoiadendron).

Un nom, deux espèces
Distinction aléatoire, du reste : les taxonomistes du XIXe siècle rassemblaient tous les séquoias dans une espèce unique et des voix s’élèvent ici et là pour proposer d’y revenir. Mais pour l’instant, la classification botanique distingue deux espèces. Nous la suivrons d’autant plus volontiers que ces deux séquoias se présentent sous des apparences nettement différentes : port conique pour S. giganteum, colonnaire étroit pour S. sempervirens ; feuilles en écailles autour du rameau pour S. giganteum, en aiguilles aplaties, plus courtes en début et à la fin du rameau, pour S. sempervirens ; longueur des cônes de 4 cm pour S. giganteum, 1 cm pour S. sempervirens. Deux espèces donc, et des tolérances climatiques distinctes : la résistance au froid de S. giganteum le pousse vers les massifs montagneux continentaux et presque jusqu’au cercle polaire. En Europe, le plus nordique est probablement un S. giganteum planté vers 1880 dans le jardin d’une vieille église du Leikanger, par 61°11 de latitude nord. Il atteint 1,40 m de diamètre et se porte bien, merci ! Grâce il est vrai à l’effet adoucissant du Gulf Stream. Plus vous irez vers l’Est, moins vous en verrez, mais vous en trouverez en République tchèque, en Hongrie, en Slovaquie, en Bulgarie et le long de la mer noire en Ukraine et en Roumanie. De tous les exemplaires plantés en Pologne, un seul a survécu semble-t-il, celui de Szezecin dans l’ouest du pays. La vitalité du S. sempervirens, en particulier son aptitude à rejeter de souche, le conduit jusqu’aux rivages de la Méditerranée. Les plus méridionaux sont sans doute ceux du Domaine de la Losa en Andalousie.
Exemples français : le géant du Parc du Moulin Blanc à Saint-Zacharie dans le Var (l’arbre le plus haut de la région PACA avec 46 m), l’allée du château de Florans (qui accueille le festival de piano) à La-Roque-d’Anthéron dans les Bouches-du-Rhône, les 18 S. sempervirens de la bambouseraie de Prafrance dans le Gard. En Espagne, les spécimens du domaine royal de La Granja à Madrid, plantés à la fin du XIXe siècle, culminent déjà à plus de 40 m.

Des arbres de chez nous
Les Etats-Unis tirent une juste fierté de leurs conifères et particulièrement de leurs séquoias. Les forêts californiennes sont effectivement incomparables et revendiquent l’arbre le plus haut (un S. sempervirens de 115 m) et l’arbre le plus massif du monde (un S. giganteum de 1 487 m³ et plus de 1 200 tonnes, branches latérales non comprises). Au-delà des chiffres, les géants américains laissent des souvenirs impérissables. Vous êtes à leur pied, vous
tentez d’apercevoir leur cime dans les brumes qui les enveloppent et vous comprenez qu’ils viennent de temps très anciens, plus anciens qu’Homo sapiens. Il y a une vérité cependant que nos amis américains passent sous silence, que beaucoup d’entre eux ignorent même, c’est qu’il fut un temps où les séquoias étaient au moins aussi nombreux chez nous que chez eux. Un temps assez long du reste et pas très lointain, du moins à l’échelle géologique, puisque les deux genres sont attestés en Europe (sous des formes un peu différentes de celles d’aujourd’hui) pendant quelque cent millions d’années, avant leur élimination par les grandes glaciations du Quaternaire, voici un bon million d’années. Cette affirmation repose sur des identifications dûment validées, acceptées par les connaisseurs, et sur des vestiges que chacun peut voir de ses propres yeux à l’ancienne carrière de sable de Villejust dans l’Essonne ou, plus facilement encore, devant le bâtiment de Botanique et de Géologie du Jardin des Plantes, au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, sous forme d’une souche fossilisée importée de Villejust en 1975.

Henri Gourdin
Article paru dans Jardins de France décembre 2009

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