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Les sauges, un remarquable pouvoir d'adaptation

Salvia_coccinea (G.G.Guittoneau)Le genre Salvia est représenté sur quatre des cinq continents. À cette omniprésence correspond une grande variété d’habitats : déserts, savanes, forêts tropicales et de montagne… Apparemment douées d’une extraordinaire capacité d’adaptation, les Salvia se sont soumises aux conditions qu’exigeait leur environnement. Il en résulte une diversité considérable des quelque mille espèces constituant ce genre, ce qui fait une partie de l’attrait qu’il présente.

Avant d’aborder plus en détail les différences, définissons d’abord les points communs : pour le botaniste, une Salvia se reconnaît au premier coup d’oeil car aussi diverses qu’elles soient, elles ont toutes un point commun : la structure de leurs génitoires et des fleurs qui les enchâssent. Pour une majorité de Français, la sauge évoque, pour certains un condiment ou encore un remède de bonne femme aux allures un peu tristes, avec son feuillage gris et sa timide floraison violette (S. officinalis), pour d’autres les petites monstres nanifiées, tout en calices écarlates, qui entouraient les plates-bandes des jardins publics de leur enfance, victimes innocentes d’une sélection à tel point impitoyable qu’elles étaient devenus indignes de l’épithète « splendens » qu’avait reçu leur ancêtre brésilienne.

De remarquables adaptations au climat
Pour les végétaux, un monde sépare les habitants du désert de ceux de la forêt tropicale. Les premiers manquent d’eau mais bénéficient de lumière à satiété ; les seconds ont plus d’eau qu’ils ne peuvent en consommer mais, sous la canopée, le soleil est rare. Comparons les deux espèces de notre introduction : S. officinalis, qui se rencontre sur le pourtour méditerranéen, et S. splendens, découverte en forêt au début du XIXe siècle aux environs de Rio de Janeiro. Les feuilles de S. officinalis sont réduites (3 x 1,5 cm chez l’espèce sauvage), recouvertes de duvet laineux (d’ou leur aspect grisâtre) et coriaces. La floraison printanière est éphémère, juste le temps suffisant pour s’assurer une descendance. L’arbuste est compact, avec des feuilles serrées les unes contre les autres, la pointe généralement dirigée vers le haut sur les jeunes pousses, protégeant le bouton floral en formation, puis après floraison quand le soleil darde au plus fort de l’été, dirigées vers le bas, formant un petit parasol autour du pied. Les feuilles de S. splendens sont d’un beau vert tendre, rhomboïdes (15 x 8 cm), pratiquement glabres, régulièrement implantées perpendiculairement sur toute la longueur de la tige pour capter chaque photon disponible. La floraison écarlate, visible de loin, se produit dès que la plante atteint sa maturité, au déclin de l’été sous nos climats et se prolongeant tard dans l’automne, tant que chaleur, lumière et humidité sont disponibles. C’est un fait maintenant universellement connu : dans le désert, l’essence coûte moins cher que l’eau ! Les Salvia ont parfaitement assimilé ce principe. Regardons à la loupe la surface d’une feuille de S. officinalis : sous la bourre laineuse qui la recouvre, il est pratiquement impossible de déceler les « globules » qui émettent les « huiles essentielles ». En revanche, en observant une feuille de S. ceaspitosa (une jolie Salvia d’Anatolie), on voit clairement deux sortes de poils : aux longs poils soyeux qui confèrent à la plante son aspect blanchâtre, sont mêlés des poils plus courts, chacun terminé par une petite gouttelette. Ce sont les poils glanduleux, ceux qui produisent « l’essence ». Il s’agit d’hydrocarbures produits par photosynthèse et que la plante évapore pour se refroidir, sans laisser échapper une seule molécule d’eau, car le point de vapeur de ces essences est très inférieur à celui de l’eau (les chimistes objecteront peut-être qu’il faut aussi de l’eau pour obtenir les molécules d’hydrogène nécessaires à la synthèse de ces essences, mais c’est en bien moindre quantité que si l’eau était directement évaporée). Fait marquant enfin : les poils glanduleux sont beaucoup plus nombreux sur les inflorescences et plus encore sur les calices, afin que la future génération, ou ce qui permet de l’obtenir, bénéficie toujours d’une température optimum. Pour ceux qui n’ont pas de loupe, il suffit de caresser une feuille de S. officinalis entre le pouce et l’index, puis de sentir ses doigts pour se convaincre de cette production essentielle. Rien de tel chez S. splendens : l’observation à la loupe du limbe d’une feuille ne montre que des stigmates pouvant éventuellement laisser échapper de l’eau, ce qui est rarement nécessaire ; aucun parfum n’émane des doigts après leur contact sur une feuille de S. splendens.

Christian Froissart
Auteur du livre Connaissance des Sauges paru chez Edisud en avril 2008.
Photo : Sauge officinalis 'Purpurescens'

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ERRATUM : Quelques erreurs se sont glissées dans le texte de l'article de Jardins de France et nous vous prions de nous en excuser. Page 24 photo centrale en haut : il ne s’agit pas de S. gregii mais d’un cultivar de S. microphylla. Page 25 en haut à droit ce n’est pas S. macellaria mais S. haenkei

 

 

Quelques sauges intéressantes.
Pour illustrer la rosette basale pour les plantes des zones arides,  S. aethiopis est un bon exemple.  A l’opposé Salvia myriantha, photographié dans la Sierra de San Filipe Oaxaca Mexique montre de grandes feuilles  réparties horizontalement sur toute la longueur de la tige, caractéristiques de Salvia des forets humides. Salvia hispanica est une exemple de « chia », ces Salvias monocarpiques d’Amérique centrale, fournissant une grande quantité de graines. Photo prise dans la Sierra de Miahuatlan Oaxaca Mexique.

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