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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Comprendre les arbres (1)

Tilleuil ahun (D.Lejeune)« Végétal ligneux de grande taille dont la tige ne se ramifie qu’à partir d’une certaine hauteur », selon l’Académie française.

C’est un compagnon banal de notre vie, et pourtant très singulier. Difficile de le rapprocher des autres végétaux, tant la présence du bois le rend différent, combien même sa cellule végétale le classe indiscutablement parmi eux. Mais si tout arbre fait du bois, toute plante à bois n’est pas un arbre ! Les arbustes, les lianes, font aussi du bois, mais l’arbre s’en distingue à la fois par la présence d’un tronc stable par lui-même et par une hauteur fixée généralement à 5 ou 7 m au minimum, au moins de manière potentielle : un semis de chêne d’un an ou un petit pin rabougri sur un rocher sont en effet aussi des arbres. Impossible aussi de le comparer à un animal : il y a peu de points de vue auxquels on pourrait le regarder ainsi. Il est toujours en croissance même si sa hauteur se stabilise, ses poumons sont en quelque sorte « à l’air », il s’englobe de tissus neufs tous les ans, et si, comme certains animaux, il peut vivre très vieux voire pouvoir être immortel, c’est en amassant une masse énorme de matière morte qui n’est plus constituée que de tissus de soutien. Pas de cicatrisation ou de système immunitaire chez l’arbre, mais un dispositif de compartimentation des parties lésées et, pour de nombreuses familles, une capacité à réitérer des organes coupés ou altérés, phénomène pratiquement sans équivalent dans le règne animal, à une queue de lézard près…
Les arbres sont ainsi des constructions complexes et originales dans le processus d’évolution. À la base, un matériau doué de propriétés mécaniques remarquables, qui peut être comparé à du béton armé précontraint. Le béton, c’est la lignine, polymère phénolique qui offre une grande résistance à la compression, qui est hydrofuge et particulièrement résistant à la dégradation biologique : le bois en contient de l’ordre de 30 %. L’armature, c’est la cellulose, un polysaccharide, hygrophile, qui est très résistant à la tension, rapidement biodégradé : le bois en contient de l’ordre de 40 %. Au fur et à mesure de sa croissance, et selon ses besoins, l’arbre met en place des forces internes de tension et de compression, permettant de tenir la structure et de s’opposer à des forces telles que le vent ou la pesanteur en cas d’inclinaison. Les recherches conduites sur les stratégies d’altération de ce matériau par les champignons permettent maintenant d’appréhender ces mécanismes, à défaut de pouvoir les combattre efficacement.
L’architecture a fait également l’objet de nombreux travaux qui mettent en évidence que le processus de réitération est au coeur de la construction des individus. Il a ainsi été découvert qu’un arbre peut être considéré comme une somme d’individus qui, avec l’âge, prennent de plus en plus d’indépendance les uns par rapport aux autres jusqu’à devenir une sorte de population de clones dans les cas limites et, de ce fait, atteindre une sorte d’immortalité. Son système de défense est maintenant mieux connu, depuis les travaux de Shigo établissant les principes de la compartimentation comme principal ressort de sa stratégie de protection contre ses agresseurs. Il a mis en évidence que l’arbre cloisonne passivement et activement son organisme à l’aide de barrières de tissus, dont la plus efficace est le cerne qui englobe les parties lésées. Il s’ensuit une compréhension plus claire des principes de taille, permettant à l’arbre d’ornement de rester sain après les coupes que l’on est amené à faire pour le rendre compatible avec son milieu ou, le plus souvent, notre milieu.
Ces travaux, complétés par d’autres sur la localisation des réserves, la dynamique de l’eau et la mécanique, notamment, permettent aux professionnels depuis une trentaine d’années de disposer de moyens de diagnostic et d’intervention raisonnés beaucoup plus opérants qu’auparavant. Il reste sans doute de grandes marges de progrès pour les affiner, ne serait-ce que pour les adapter à la grande diversité spécifique.
Enfin, on ne saurait tracer un portrait même succinct des arbres sans parler de leurs racines, d’autant qu’elles font l’objet d’incompréhensions dommageables ! Tout d’abord, il s’agit d’un système essentiellement superficiel, peu de racine se développant sous la profondeur d’un mètre, et celles qui y parviennent étant de faible diamètre. D’autre part, comme les feuilles, les organes d’échange avec le sol - il s’agit des radicelles et de leurs poils absorbants - sont des éléments non pérennes fragiles, qui constituent une grande surface d’interface assurant l’assimilation d’eau et d’éléments minéraux. Celle-ci est d’ailleurs considérablement renforcée par les mycorhizes là où le milieu le permet. Le reste du système racinaire relève aussi d’une architecture évolutive, assurant conduction de l’eau, stockage de réserve, et soutien de l’édifice. Cette vie souterraine n’est possible que dans un milieu oxygéné, poreux, et assurant les besoins en eau et en éléments minéraux.


Comment l’observer ?


En règle générale, hormis les observations de nature contemplative que chacun est libre de faire, l’observation détaillée relève d’une démarche de diagnostic, d’un besoin de compréhension d’un ou plusieurs sujets, et éventuellement des désordres qui l’affectent. L’observation d’un arbre, surtout d’un arbre d’ornement, consiste d’abord à porter un regard sur sa place dans le lieu, son sens, ce qu’il apporte ou non au paysage et aux gens. C’est ensuite la compréhension même de ses relations avec son lieu de vie, de son histoire dans ce lieu et des usages que les hommes en font. Observer un arbre, c’est nécessairement plonger dans l’histoire du lieu où il se trouve. Techniquement, il s’agit d’un processus itératif qui permet de proposer in fine une compréhension de son état au travers des grandes périodes de sa vie : l’état de croissance passé et présent, son architecture, les propriétés de la station, les travaux à proximité, les épisodes climatiques particuliers, les maladies, les parasites… Un diagnostic est pertinent quand il arrive à agencer ces observations et à leur donner une logique les reliant les unes aux autres. Beaucoup des situations de diagnostic auxquelles un expert est confronté au quotidien relèvent d’environnements inappropriés ou brutalement modifiés, qui conduisent à des ralentissements de croissance, des dépérissements, des attaques sanitaires, des risques mécaniques. Et souvent, plus tard, la seule réponse pertinente n’est pas, ou pas seulement, une action sur l’arbre, mais aussi, voire uniquement, une action sur son environnement. Au premier rang des situations problématiques, en milieu urbanisé, se situe la question du sol, de son revêtement, de son état de compaction. 

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Pierre Bazin
expert en arboriculture ornementale et fruitière
Conférence dans le cadre de la journée à thème d'Alençon 2010

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