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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Arboriculture ornementale et biodiversité

Arboretum de BalaineLa forêt française telle que nous la connaissons présente une très faible diversité d’espèces en comparaison des forêts situées sous les mêmes latitudes en Amérique ou en Asie. Elle a en effet connu un très fort appauvrissement de sa diversité au cours des âges géologiques, notamment avec les grandes glaciations du quaternaire qui ont éliminé un grand nombre d’essences. Avant cette période, des études réalisées à partir de l’analyse des pollens ont montré que des arbres aujourd’hui jugés « exotiques » (cèdres, tulipiers, séquoias, ginkgos…) ont poussé spontanément sur notre sol. Cette faible diversité d’espèce d’arbres dans les forêts s’est logiquement transposée dans les jardins. Jusqu’à la fin du XVIe siècle, les arbres le plus fréquemment employés pour les plantations d’ornement sont l’orme, le chêne, le charme et le hêtre. Pourtant, cette tendance va brusquement évoluer avec les grandes explorations du monde entreprises entre le XVIe et le XXe siècle. Une multitude de nouvelles plantes sont alors rapportées par les voyageurs et les premiers jardins botaniques et collections sont créés, le premier en France, le Jardin des Plantes de Montpellier, en 1593. Les nouveaux concepts de jardins paysagers qui se développent au XVIIIe et surtout au XIXe siècle s’accordent bien avec un enrichissement des compositions végétales et la recréation d’ambiances exotiques. Aussi, les strates arborées et arbustives de ces compositions permettent l’introduction de nombreuses essences « étrangères ». Édouard André écrit en 1879 dans son Traité Général de la Composition des Parcs et des Jardins, au sujet de la forte diversification des essences apparue depuis la fin du XVIIIe siècle, « depuis un siècle, l’introduction des espèces cultivées en plein air dans les jardins a produit un total immense. Pour ne parler que des végétaux ligneux, Duhamel du Monceau (1) accusait, en 1755, un total de 191 genres et 1 000 espèces, tandis que la magnifique collection de M.A. Lavallée, à Ségrez (Seine-et-Oise) contient aujourd’hui 4 267 espèces et variétés réparties en 412 genres… » (Arboretum segrezianum Paris 1877).

Les XIXe et XXe siècles voient également la création de nombreux arboretums destinés à étudier toutes ces nouvelles espèces, notamment afin de tester leurs aptitudes tant pour le reboisement que pour la création de jardins. On peut citer notamment l’arboretum de Balaine dans l’Allier, créé en 1807, ou l’arboretum des Barres engagé par Pierre-Philippe-André Lévêque de Vilmorin à partir de 1821 et transformé en arboretum national en 1873. D’un certain côté, on peut parler d’une véritable réussite de cet enrichissement progressif de notre patrimoine arboré, notamment en zone urbaine. L’héritage des parcs et jardins des grandes propriétés bourgeoises du XIXe siècle constitue souvent l’armature des espaces verts actuels de nos villes. L’acceptation de cette diversification par les habitants a même permis de transformer des arbres exotiques en éléments culturels identitaires de paysages : platanes dans les villes françaises, palmiers sur la Côte d’Azur…
D’un autre côté, on peut considérer que le potentiel de cette diversité d’essences introduites sur notre territoire depuis quatre siècles n’a pas été suffisamment valorisé. Les essences que l’on retrouve dans les plantations tant publiques que privées ne correspondent qu’à une infime proportion des espèces potentiellement utilisables. À titre d’exemple, le platane à lui seul représentait en 1994 près de 75 % des arbres présents sur les espaces publics de la ville de Lyon. À l’échelle de l’agglomération lyonnaise à cette même époque, quatre genres (platanes, érables, tilleuls et robiniers) totalisaient plus de 82 % des arbres d’alignement. Cette faible valorisation des essences dans les projets d’aménagement paysager trouve deux principales explications : la première est le faible niveau de connaissances relatives à la diversité d’essences utilisables tant pour les particuliers que pour une majorité de professionnels. La seconde, qui découle également de la première, est la faible disponibilité, voire l’inexistence sur le marché de nombreuses essences peu courantes. Édouard André écrivait d’ailleurs déjà dans son traité : « La connaissance des arbres et des arbustes est si peu répandue, que les pépiniéristes cultivent en grand nombre les seules espèces vulgairement plantées depuis des siècles et toujours demandées.
Veulent-ils conseiller l’emploi d’une espèce nouvelle et peu connue, supérieure absolument aux anciennes, ils ne trouvent qu’un petit nombre d’acquéreurs, et ils renoncent à multiplier des végétaux dont ils ne pourraient tirer parti. »

Or, aujourd’hui plus que jamais, si l’on souhaite planter un arbre durablement, il est indispensable de s’interroger sur les perspectives de changement climatique auxquelles cet arbre sera confronté au cours de son développement. Les études menées depuis une vingtaine d’années par les chercheurs du monde entier sur cette question ont permis de montrer que la terre connaissait depuis le début du XXe siècle un réchauffement global de sa température ; seules l’amplitude de ce phénomène à moyen ou long terme, ou encore l’incidence des mesures correctives que l’humanité pourra mettre en oeuvre, font encore l’objet de débats d’experts. Une chose est donc acquise quel que soit le scénario retenu : notre climat va inexorablement se réchauffer au cours des prochaines décennies, conduisant à une augmentation des températures moyennes d’ici la fin du XXIe siècle comprise entre +2 °C pour les plus optimistes et +6 °C pour les plus catastrophistes. Pour se fixer les idées, il est bon de rappeler que le réchauffement de la température de la terre depuis les dernières glaciations du quaternaire est de l’ordre de +5 °C, mais aussi que l’élévation d’un degré de la température correspond concrètement à un déplacement de l’optimum climatique de la végétation de l’ordre de 150 km vers le nord…
Dans ces conditions, la question du choix des essences devient un sujet central du projet de plantation, non pas seulement pour des considérations esthétiques, mais surtout en terme d’aptitude du projet à supporter durablement ces bouleversements. La diversité d’essences doit donc être valorisée afin d’anticiper au mieux ces changements.
 

Le choix du bon arbre au bon endroit


Trop souvent, ce sont des considérations esthétiques ou paysagères qui sont à l’origine du choix des végétaux sur les projets (volume, port, caractéristiques de la floraison ou du feuillage…) Or dans une majorité des cas, les caractéristiques du site en terme pédologique ou hydrologique ne sont ni étudiées, ni prises en compte. Les enjeux liés au changement climatique imposent une adéquation parfaite de la plante au milieu pour limiter les risques d’échecs à court, moyen et long termes. La connaissance des caractéristiques du sol en amont de tout projet de plantation est donc indispensable, afin de définir les potentialités du site, ajuster les stratégies de terrassement et choisir les essences le mieux adaptées. Il est illusoire de penser que l’on peut durablement accommoder un sol aux exigences d’un arbre dont le système racinaire peut prospecter des dizaines de mètres cubes, largement au-delà de la fosse de plantation qui lui aura été prévue.
Le bon arbre au bon endroit, c’est aussi le choix d’un arbre adapté aux conditions climatiques locales : exposition au soleil pouvant être à l’origine de brûlures de l’écorce appelées échaudures sur certaines essences très sensibles (tilleuls, marronniers, érables, cerisiers…), exposition au vent pouvant causer des dégâts dans la couronne sur des essences à bois fragile (tulipiers, sophoras, peupliers…), variations hygrométriques, implantations pouvant conduire à l’accumulation de froid sur des essences sensibles aux gelées précoces ou tardives (fonds de vallon, « canyons urbains »…) Bref, en plus de l’aptitude générale de l’arbre à supporter les conditions climatiques actuelles et futures, l’analyse des spécificités climatiques du site d’implantation doit également être prise en considération.

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Frédéric Ségur - Communauté urbaine de Lyon
Conférence lors de la Journée à thème sur l'arbre, Bourges 2011

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