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Tendance aux petits jardins

Parc André Citroën à Paris (C.Secq)Morcellement des grandes propriétés, périurbanisation, lotissement des campagnes, l'évolution du cadre de vie multiplie, depuis plusieurs décennies, les petits jardins. Qu'ils soient situés en milieu urbain ou rural, ces espaces parfois minuscules requièrent, pour flatter l'oeil, un aménagement spécifique étroitement lié à leur dimension.

Si les petits jardins ont toujours suscité l'intérêt, s'invitant dans la plupart des traités consacrés à l'art paysager, leur développement récent donne naissance à de nombreuses théories, souvent catégoriques, concernant leur conception. Volontiers contradictoires, elles privilégient l'illusion optique ou, au contraire, la mise en valeur visuelle des spécificités du lieu. Un choix qui dépend des sensibilités personnelles.

Exiguïté ou intimité ?
Depuis des siècles, les théoriciens de l'art paysager font de l'agrandissement visuel des petits espaces un principe de base. Ainsi en est-il d'A.-J. Dezallier d'Argenville qui, dans La Théorie et la pratique du jardinage (1709), rappelle à plusieurs reprises la « maxime fondamentale de faire toujours croire à un jardin beaucoup plus grand qu'il n'est ». La recette est d'ailleurs assez simple. Elle consiste à générer des illusions d'optique et à déformer la perception du réel en utilisant les règles de la perspective. Mises en oeuvre dès l'Antiquité, mais formalisées et codifiées à l'époque de la Renaissance, ces règles définissent deux sortes de perspectives. La première, dite « perspective linéaire » est démontrée au début du XVe siècle par l'architecte Filippo Brunelleschi devant le Baptistère de Florence et repose sur la diminution des objets au fur et à mesure de leur éloignement. Écrit en 1435, le traité De Pictura de Leon Battista Alberti en donne une explication scientifique et propose une méthode de représentation adoptée rapidement par de nombreux artistes.

Clairement énoncés dès cette époque, les principes de la « perspective linéaire » trouvent facilement leur application dans l'art paysager et permettent d'établir de faux repères qui font perdre la notion des distances. Dans les petits jardins en particulier, la perspective « accélérée», véritable trompe-l'oeil, génère une illusion d'éloignement et de profondeur très convaincante. Il suffit, pour cela, de réduire la taille des éléments situés à l'arrière-plan pour les rendre plus lointains ou encore de rétrécir subrepticement la largeur d'une allée pour l'allonger visuellement. Dans une optique similaire, la réduction progressive des écarts entre des arbres d'alignement ou les poteaux d'une pergola permet également d'agrandir l'espace. Des méthodes simples, à la portée de tous les jardiniers. Liée à l'invention de la peinture à l'huile et aux recherches effectuées par Léonard de Vinci, la « perspective atmosphérique » tient compte, quant à elle, des changements de couleurs, de luminosité et de netteté des objets en fonction de leur distance par rapport à l'observateur : l'intensité des teintes et les contrastes s'affaiblissent avec l'éloignement, les contours deviennent de plus en plus flous. Des principes également faciles à adapter au jardinage en plaçant, au premier plan, des coloris brillants et vifs choisis dans la gamme des jaunes et, à l'arrière-plan, des nuances plus ternes, proches du « bleu horizon ». Les feuillages d'aspect vaporeux, de très petite taille voire filiformes comme celui du fenouil, ajouteront encore à l'impression de distance. Pour parvenir au but visé, ces illusions d'optique requièrent toutefois un point de vue bien particulier et unique ; observé sous un autre angle, le jardin risque fort de perdre une grande partie de sa superbe et même de se retrouver artificiellement rétréci ! Une limite évidente à l'intérêt du procédé... D'ailleurs, si les principes de la perspective appliqués au jardin ont pour conséquence de modifier son étendue apparente, d'autres stratégies comme l'aménagement de l'espace aboutissent au même résultat, parfois même avec plus d'efficacité. Ainsi, les travaux de terrassement visant à transformer un terrain plat en terrain vallonné, permettent aussi de l'agrandir visuellement. De même, le découpage des lieux en plusieurs espaces, plus ou moins indépendants les uns des autres et différents par leur thématique, engendre une diversité d'impressions visuelles qui fait rapidement oublier l'exiguïté. Se pose toutefois la question du bien-fondé de la démarche. En dehors du fait qu'il s'agit finalement d'une supercherie qui résiste mal à l'investigation, l'obstination à dilater visuellement l'espace dénie aussi l'agrément bien spécifique du petit jardin. Et pourtant, toute l'histoire de l'art paysager en témoigne : des jardins secrets de la Renaissance aux « jardins sériels » du parc André-Citroën en passant par les bosquets de Versailles, les réalisations prestigieuses ont souvent intégré des aménagements d'une superficie beaucoup plus modeste à la mesure de l'homme. Est-il bien judicieux dès lors de travestir la réalité au risque de rompre le charme intimiste des lieux ? La question n'a pas fini de faire débat.

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Odile Lacaille d'Esse
Article paru dans Jardins de France Mai 2009

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