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Les jardins partagés, de nouveaux espaces publics

Jardins partagés (E.Predine)De nouveau, nous vivons une crise sociale et économique, mais qui s’ajoute à la conscience d’une crise environnementale. L’usage du jardin dans des politiques publiques d’intérêt général ne date pas de l’avènement des jardins partagés, introduits en France, il y a une quinzaine d’années.

 

Les jardins, une tradition ancienne des politiques d’intérêt général

La création des premiers jardins ouvriers par l’abbé Volpette à St Etienne en 1894, puis repris et très largement amplifiée par l’abbé Lemire à partir de 1896 était déjà une réponse sociale à une crise sanitaire cette fois–ci, mais aussi économique. L’abbé Lemire poursuivait plusieurs objectifs au travers de ces jardins ouvriers. Ils donnaient l’accès à un air sain, au moins le dimanche, aux familles d’ouvriers vivant dans des taudis humides contaminés par la tuberculose. Ils amélioraient l’apport alimentaire. Une des intentions était «d’éduquer » les ouvriers pour qu’ils acquièrent des pratiques de « petits propriétaires », mais aussi, qu’ils évitent de fréquenter les bistrots. Il s’agissait de contribuer à la lutte contre l’alcoolisme, mais surtout d’atténuer la « contamination » des ouvriers par les idées modernes du syndicalisme ou du communisme. L’abbé Lemire, Député de la Nation, siégeait à gauche certes, mais restait abbé….

Ces jardins pouvaient voir le jour au côté des usines, non seulement grâce à la persuasion de ce personnage hors du commun, mais aussi à la contribution du patronat éclairé. C’est lui qui fournissait les terrains. Bien souvent, les « dames » patronnesses participaient à la gestion de ces jardins dans le cadre de démarche d’éducation populaire, tels des cours de tricot ou d’hygiène corporelle. Ces jardins permettaient de compléter les salaires des ouvriers sans apport numéraire supplémentaire. De plus, en maintenant les ouvriers sur place, les jardins facilitaient le regroupement familial. En ce temps, les ouvriers étaient souvent jeunes et célibataires. Ils prenaient facilement leur lundi à l’improviste pour aider leurs familles aux champs ou simplement retrouver leur dulcinée au village d’origine. Les jardins contribuaient donc à une bonne « gestion » de l’usine d’à côté.

Les jardiniers n’étaient donc guère impliqués sur les modalités de gestion que des bons samaritains dictaient pour leurs biens. Malgré, certains enjeux pour le moins désuets aujourd’hui, la démarche des jardins partagés est très proche dans les objectifs d’amélioration du cadre de vie des plus fragilisés d’entre nous.

Aujourd’hui comme hier, les jardins sont des lieux de résistances à la crise alimentaire et à la crise économique. Toutes les études de santé publique, menée dans le cadre de la nutrition démontrent que les moins fortunés diminuent la part des fruits et des légumes dans leurs alimentations pour des questions de coûts et d’attitude culturelle vantée par l’industrie agro-alimentaire de l’aliment, préparé, emballé, et bientôt prédigéré ? Ce fait a déjà des conséquences désastreuses en matière de santé publique sur les pandémies de diabète, d’obésité et de maladies cardio-vasculaires.

Mais aujourd’hui, la démarche porte les valeurs de l’autonomie, de la coopération et de la responsabilité vis-à-vis des siens, mais aussi de son habitat. Les jardiniers sont donc directement impliqués dans la définition des usages et du fonctionnement de ces jardins.

C’est en quoi les jardins partagés diffèrent du mouvement issu de l’abbé Lemire.

Depuis quelques années, ces nouveaux jardins sont apparus dans le paysage. Ils peuvent prendre la forme de jardins familiaux, être un outil d’éducation à l’environnement pour des enfants, devenir collectifs pour favoriser l’insertion des personnes en grande difficulté ou être un lieu de rencontre dans les quartiers comme les jardins communautaires nommés aussi jardins collectifs d’habitants. Ces jardins sont implantés, au cœur des cités ou cultivés en zone rurale.

Ils ont en commun d’être des « jardins partagés ».

Les jardins partagés sont des lieux très divers où vivent les valeurs de solidarité, de créativité, de respect de l’environnement, et de reconnaissance de l’autre dans sa singularité et la richesse de sa différence. Ces jardins ont un esprit d’ouverture, ce sont des lieux d’expérimentation, d’innovation, et de convivialité.

De la concertation, germe la pertinence des jardins partagés

 

Jardins partagés (E.Predine)C’est de la mobilisation des habitants, puis de la concertation que naît la dynamique d’habitants. C’est ensuite aux habitants de choisir les modalités structurelles de leurs fonctionnements de groupe. Cette mobilisation, puis la concertation sur les usages et le fonctionnement des jardins suscitent l’émergence de la demande de jardins la plus adaptée aux réalités sociales et économiques d’un territoire.

En matière sociale, ces jardins deviennent des lieux de rencontres, d’élaboration des petites solidarités du quotidien. Les hommes et les femmes par-dessus les clôtures s’échangent la garde d’enfants, une salade ou l’apprentissage d’un geste.

Les jardins contribuent dans les quartiers à la pratique du papotage, pas si innocents que cela. On discute de la pluie et du beau temps, qu’avant les tomates fussent meilleures, de la météo détraquée. Bref, les futilités fusent et tissent entre voisins, un réseau de civilité qui contribue à l’ambiance sociale apaisée si regrettée dans certains quartiers populaires.


Le jardin partagé, un concept de fonctionnement
et non, une organisation spatiale
 

Individuels ou collectifs, familiaux ou communautaires, les jardins peuvent être partagés quand les habitants s’investissent dans la cogestion de ces espaces publics. Les jardins familiaux apportent à la sphère privée, des moyens concrets pour mieux résister à la malbouffe, répondre avec plus de qualité aux plaisirs de la diversité culinaire, à la capacité à transmettre à ses enfants des gestes et des pratiques liés à sa culture. Comment peut-on rester gascon, si au printemps on ne déguste pas les fèves à la croque au sel ?
Dans la sphère publique, les jardins individuels créé des groupes d’habitants responsabilisés et impliqués dans la gestion de l’habitat. Ces groupes comme à la Crapaudine à Nantes participent à l’animation de la cité ou comme au Jardin de l’Arnaga du Haillan expérimente des techniques de réduction des déchets organiques de la résidence.

Les jardins collectifs dits communautaires dans le sens anglo-saxon du terme, soit « du quartier », offrent une gamme souvent moins « jardinée », mais plus solidaire, basée sur la dynamique de groupe. Ils correspondent à un centre social ou culturel de quartier, en moins onéreux en équipement pour la collectivité et souvent aussi efficace, si le savoir animer est présent. A Lyon, il peut être  un lieu de créativité « land-art » éphémère, à Paris, un espace garden-partie où coule à flot le champagne de sureau, à Lille une salle des fêtes de plein air avec barbecue, guitare et botte de paille en guise de fauteuil. L’enjeu est la convivialité. Le jardin partagé est alors un espace vert habité qui redonne une âme un bout de terrain souvent délaissé.

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Eric Predine
Association Saluterre
Conférence lors de la journée à thème "Jardins, environnement et santé" à Bordeaux en 2010

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