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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

Jardine avec Bottine et ses amis. de 3 à 11 ans

Les risques des végétaux

Digitalis purpurea (D.Lejeune)Si, dans l’Antiquité, nos ancêtres vivaient de cueillette et de pêche, en harmonie avec la nature, nos sociétés actuelles se sont coupées de leurs racines naturelles. La recherche de l’exceptionnel et la mondialisation ont favorisé, avec la société de consommation, l’émergence de végétaux comme objets de décoration et sensibles aux modes et à l’engouement fugace supporté par les médias modernes. Le retour à la vie « naturelle » d’une petite fraction de la population n’est pas non plus dénué de risques pour leur santé, comme en témoigne la consommation de tubercules d’œnanthe safranée pendant le concert de « Isles of Wight » en 1969. La tendance « nature-bio » de notre société actuelle pousse de nombreux campeurs, promeneurs, pêcheurs, à consommer des espèces sauvages qu’ils croient comestibles !
Toutefois, la végétalisation de nos villes et de nos jardins laisse parfois s’exprimer des végétaux dont on connaît mal les risques, directs ou indirects, ou qui les révèlent par leur présence monospécifique.

Si la majorité des risques graves sont liés à la consommation alimentaire de parties de végétaux toxiques, ils peuvent également survenir par inhalation, passage transcutané ou projection sur les muqueuses. Les problèmes résultent de confusions accidentelles ou de méconnaissance botanique, comme en témoignent des accidents récents avec les Datura confondus avec des épinards épineux par une famille centrafricaine (11 malades sur 12 de la famille), ou le mâchonnement de 5 fruits au lieu de 5 graines par de jeunes hommes en recherche d’exploration de paradis artificiel et de préparation à la transe chamanique, voire la mise en place de trafic de « drogues licites » par des collégiennes. La mode des bouquets et de l’Ikebana nous a fourni quelques beaux accidents d’exposition à des latex irritants d’euphorbe, ou de passage transcutané de furocoumarines issues de Heracleum ou de Ruta. Si les plantations de rosiers plus ou moins épineux montrent clairement leurs risques, la mode des plantes grasses ou le retour de spinescence sur des variétés inermes telles les féviers Gleditschia spp. reémergent plus discrètement.
Les plantations de platanes d’alignement, hormis qu’elles sont la cible préférée du chancre coloré, attirent nuitamment et selon les saisons des colonies d’étourneaux en dortoirs urbains ou, en période estivale, des tigres du platane, dont la présence génère des signalements vers les services propreté au minimum, voire nos services de santé publique. L’attaque parasitaire par les chenilles processionnaires du pin ou du chêne peut également faire émerger des risques visibles ou invisibles selon la nature des contacts (chenilles ou soies).

La recherche d’automédications naturelles aboutit parfois au glanage de ressources médicinales dans nos espaces verts. Or, la variabilité phytochimique est très fréquente, et le manque d’efficacité est heureusement le plus grand risque. Toutefois, une étude de la composition en terpènes et en oxycoumarine sur 14 stations méditerranéennes de Ferula communis avait montré la possibilité d’activité convulsivante pour une plante plutôt réputée pour avoir des propriétés anticoagulantes.

Des incidents peuvent également être observés sans contact direct avec la plante, comme par exemple des escargots qui, ayant pâturés des feuilles de Nerium, concentrent les hétérosides cardiotoniques et provoquent des troubles après leur préparation artisanale, ou par le contact avec une plante dont les aptitudes toxicologiques ont été potentialisées par le parasitage ou la fumure du sol (par exemple pucerons jaunes sur Nerium).

Notre évaluation repose sur la maîtrise de risques méconnus ou probables qui peuvent être minorés par des techniques paysagères. Il n’est pas possible de supprimer toutes les plantes aux effets toxiques ni d’empêcher les comportements suicidaires. Il faut réduire le risque.

Dans les accidents graves relevés ces dernières années dans nos sociétés européennes, l’introduction des Dieffenbachia dans les appartements a été l’occasion d’œdèmes cutanés causés par les raphides d’oxalate de calcium, voire de suffocation et mort chez un enfant de 4 ans. Les accidents surviennent par l’entremise de plantes cultivées ou sauvages, et leur gravité est inhérente à la toxicité intrinsèque, mais également selon les variations de leur toxicité en fonction de paramètres connus ou suspectés. Les accidents peuvent avoir un tropisme cardiaque comme avec les hétérosides cardiotoniques avec des intoxications par le laurier-rose, mais également à l’occasion du Premier mai par le muguet. Ces dernières années, l’augmentation des terrasses de restaurants s’est accompagnée d’un engouement pour les Nerium et le risque d’ingestion de feuilles ou de contamination de matériels en contact alimentaire a été évalué. Le CAP de Marseille enregistre chaque année quelques incidents avec les estivants par confusion alimentaire, et de nombreux cas de contamination transcutanée sont également décrits lors de siestes. Les chiens, eux, affectionnent la consommation de la plante lorsqu’elle a gelé (diminution probable de facteurs répulsifs).

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Gilbert Gault
Vétérinaire, Service Hygiène et Santé, Écologie urbaine, Ville de Lyon
Conférence dans le cadre des journées à thème "Jardins, environnement et santé" Lyon 2010

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