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Agapanthus 'Blue Heaven' (La plante du mois)

L'intérêt des arbres fruitiers

Fruitier (B.Coullon)Favoriser la plantation d’un maximum de variétés fruitières permet :
- de maintenir la biodiversité fruitière;
- d’augmenter les échanges locaux et sociaux (amateurs, amis, voisins plantant des variétés différentes, échangeant une partie de leur récolte;
- de diminuer l’achat de fruits provenant de pays parfois très lointains, consommateurs d’énergies polluantes.

Plantez des arbres fruitiers, apprenez à les soigner, le résultat vous récompensera.

Un peu d’histoire

Pourquoi parmi les arbres, les arbres dits « fruitiers » forment-ils un groupe à part ? Tous les arbres donnent des fruits, porteurs des graines nécessaires à leur reproduction. On peut dire que nos arbres fruitiers actuels ont été façonnés par l’homme et pour l’homme. Les ancêtres de nos arbres fruitiers, pommiers, poiriers, pruniers, vignes, pour n’en citer que quelques-uns, qui existent encore à l’état spontané en différents lieux du monde, donnent des fruits petits, peu charnus, assez souvent âpres et acerbes. L’homme préhistorique consommait des fruits en cueillette sauvage sans plus. Peu à peu, au cours des millénaires les premières civilisations pratiquant un début d’agriculture ont sélectionné et reproduit localement les fruits qui leur paraissaient un peu plus intéressants. Puis, les échanges entre régions et pays s’intensifiant, des espèces et variétés ont été introduites provoquant des hybridations spontanées avec de nouvelles variétés.

La reproduction des arbres fruitiers

Les arbres fruitiers ont besoin de l’homme pour se renouveler et produire à l’identique. C’est le greffage, pour quelques uns le bouturage, qui permet de reproduire fidèlement une variété de fruitier avec ses qualités : vigueur, résistance aux maladies, calibre et coloration, chair juteuse, goût sucré du fruit, etc… Le semis donne des sujets de peu d’intérêt agronomique, voire proches de l’espèce type d’origine. Parmi ces sujets de semis, seul un très petit nombre pourra quelquefois présenter une amélioration, à condition d’être repérée, suivie et soignée par l’arboriculteur. Les arbres fruitiers ont besoin de soins plus au moins importants, mais constants : multiplication, plantation, taille, etc., pour produire régulièrement des fruits valables. Il suffit pour s’en convaincre de voir un jardin ou verger abandonné depuis plusieurs années pour constater le triste état des quelques arbres qui y restent. Imaginons un instant une région, un pays qui serait vidé de ses habitants pendant plusieurs siècles, toutes nos belles variétés de pommiers, poiriers et autres fruitiers auraient définitivement disparues. Seuls les arbres les plus vigoureux donneraient en quelques générations des semis spontanés successifs, alors que les autres arbres des campagnes et forêts (chênes, hêtres, frênes, érables, bouleaux, etc…) continuant de se reproduire fidèlement, évoluant tout naturellement, auraient envahi villes et jardins. Les arbres fruitiers, biodiversité et nombreuses variétés Le nombre d’espèces et de variétés fruitières est considérable. La production à but commercial n’en propose
qu’un très petit nombre, certes, choisis pour répondre aux contraintes du commerce de masse : homogénéité et régularité de la production, résistance aux manipulations et au transport… C’est tout là, l’intérêt d’une production locale,
y compris familiale pour élargir les possibilités de choix.

Il existe des milliers de variétés parmi les espèces de nos régions (laissons de côté celles des climats méditerranéens) dont les plus importantes : pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, abricotiers, pêchers, vignes. Il s’y ajoute en moins grand nombre : noyers, châtaigniers, cognassiers, néfliers, amandiers, noisetiers, figuiers, actinidias (kiwi), kakis voire les espèces encore quelquefois utilisées marginalement : cormiers, sorbiers, sureaux, prunelliers, aubépines, argousiers… Toutes ces espèces sont également très importantes pour la faune, pensons-y.

Le rôle de l’arbre fruitier

Les rôles des arbres fruitiers sont multiples car ils tiennent une place considérable dans nos vies, espaces et paysages :
- Alimentaire, par la part importante et irremplaçable des fruits dans l’alimentation, consommés en l’état (fruits de table), cuisinés (pâtisseries, compotes confitures), transformés (conserves, boissons…).
- Economique, des dizaines de milliers d’hectares de vergers et de vignobles produisent une part importante des productions agricoles, source d’emplois et d’exportation (voir les données du CTIFL…).
- Culturel, depuis l’antiquité, nombreuses sont les mentions d’utilisation des arbres fruitiers et des fruits dans la littérature, la sculpture, la peinture, les tapisseries, les dictons, les proverbes etc… Le fruit n’est-il pas symbole de résultat, de réussite ?
- Social, par les nombreux échanges entre professionnels, entre amateurs avec les associations des croqueurs de pommes, les sociétés pomologiques (la pomologie n’étant pas la science des pommes mais de tous les fruits) qui réunissent de plus en plus de bénévoles passionnés autour des arbres fruitiers. Depuis quelques dizaines d’années, un travail considérable a été réalisé par ces derniers, pour retrouver, répertorier, replanter des centaines de variétés en voie de
disparition. Ces associations se réunissent plusieurs fois par an pour partager leurs découvertes, leurs observations, entretenir leurs vergers, vulgariser et transmettre leurs expériences par des cours de taille, de greffage, de soins à donner aux arbres, et l’organisation d’expositions pomologiques etc…
- Saisonnier, les arbres fruitiers comme les autres végétaux rythment les saisons avec une succession des floraisons de mars à fin mai, des récoltes, cerises et autres fruits rouges de mi-mai à fin juillet, abricots, pêches et prunes de fin juin à fin septembre, pommes et poires, de début juillet à novembre. Le citadin poussant son chariot voit à peu près toute l’année les mêmes fruits sur les étals. Ce sont les prix et la provenance qui change selon les saisons.

La place de l’arbre fruitier

Sur le domaine public, la plantation d’arbres fruitiers reste très aléatoire et réservée à des cas très particuliers, le principal obstacle étant le vandalisme important provoqué par la prédation anarchique des fruits avec éclatage des branches. Dans les vergers agricoles : pour la production industrielle des fruits destinés au commerce, aux marchés locaux, à la transformation. Dans les jardins et vergers familiaux, l’arbre fruitier peut souvent remplacer un arbre strictement ornemental pour créer un ombrage, une isolation visuelle. Les différentes formes à petit développement permettent d’avoir un maximum de variétés dans un espace modeste, cela pour augmenter l’éventail des saveurs. On peut aussi compartimenter le jardin avec les formes palissées qui donnent un maximum de fruits par rapport aux surfaces occupées. Les vergers conservatoires et vergers de collections De surface plus au moins importante, ils peuvent dépendre du ministère de l’Agriculture comme par exemple l’INRA à Beaucouzé près d’Angers, d’une école d’horticulture, (Potager du roi ENSP de Versailles)…

Ils peuvent être :
- associatifs, au niveau régional (le parc naturel régional Normandie-Maine), départemental (société pomologique de Haute-Normandie), communal (verger de Saint- Clair-sur- Epte), local (Société d’horticulture de l’Orne à Alençon) …
- privatifs, vergers de pépinières, d’amateurs, de collectionneurs…

Les vergers conservatoires, leurs buts :
- le maintien de la diversité,
- l’observation scientifique,
- la recherche et l’hybridation pour l’obtention de nouvelles variétés,
- la fourniture de greffons,
- la fourniture de fruits pour les expositions,
- la vulgarisation du savoir (cours de taille et soins divers)
- et accessoirement, le surplus des récoltes de fruits peut être vendu ou cédé à des organisations caritatives.

Bernard Coulon
section Arbres fruitiers de la Société d’Horticulture de l’Orne
Conférence dans le cadre des journées à thème sur l'arbre Alençon 2010

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