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La taille des arbres (2)

CP : Q.MassotPourquoi tailler un arbre ?


L’Arbre n’a pas attendu l’Homme pour se développer et s’épanouir. Et l’intervention de l’homme est destinée davantage à ses propres besoins qu’à ceux de l’arbre : pour récolter des branches (feu ou alimentation du bétail), obtenir une meilleure fructification (taille fruitière), valoriser du bois d’oeuvre (sylviculture) afin d’obtenir des fûts de qualité, puis, plus récemment, pour supprimer la gêne occasionnée aux bâtiments, aux réseaux de fils aériens et au trafic routier. Aujourd’hui, la sécurité est une raison de plus en plus évoquée. L’arbre urbain, n’étant pas dans son milieu naturel, se retrouve souvent dans un environnement hostile. Il s’agira donc d’intervenir pour assurer la meilleure cohabitation entre l’arbre et son environnement proche. C’est pourquoi, avant toute plantation, le choix de l’essence sera primordial, en fonction du sol, du climat, et de l’espace disponible à son bon développement.
« Le bon arbre au bon endroit » réduira les interventions futures.


Petit rappel de physiologie végétale


Par définition, l’arbre est une plante ligneuse, rigide, de grande hauteur et plutôt de grande longévité, composée de racines, d’un tronc, de branches et de feuilles. Comme tout être vivant, l’arbre naît, se nourrit, respire, transpire, croît et meurt.

Les racines ont deux fonctions principales, et non des moindres :
- Ancrer l’arbre au sol pour assurer sa stabilité,
- Approvisionner l’arbre en eau et en substances minérales.

Cette sève brute est acheminée par le tronc et les branches par un système de vaisseaux jusqu’aux feuilles. En utilisant l’énergie solaire (photosynthèse), les feuilles transforment cette sève brute en sucre et en amidon, devenant sève élaborée, qui permettra l’alimentation et la croissance de l’arbre. Le sucre non utilisé sera stocké sous forme d’amidon dans les branches, le tronc et les racines. Chacun de ces éléments est complémentaire et vital à l’arbre. Une diminution ou une altération d’une de ces parties aura obligatoirement un effet néfaste ! La sève élaborée véhiculée en périphérie des branches et du tronc, dans ce qu’on appelle l’aubier, permettra au cambium, véritable coeur de l’arbre, de créer de nouvelles cellules. Lorsque l’arbre est blessé, par rupture ou coupe de branche, il fabrique des cellules qui vont recouvrir la plaie et la dissimuler. Cicatrisation n’est donc pas synonyme de guérison ! Lors des interventions de taille, il est important de couper à l’endroit précis où l’arbre peut effectuer cette « cicatrisation » en un minimum de temps. Plus la plaie sera petite, plus vite elle sera recouverte et moins elle aura le temps d’être altérée.


Les méfaits de la taille


Toute taille est une blessure, et trop souvent les interventions ont un rôle plus destructeur que protecteur. Les coupes « radicales », occasionnant des blessures irrémédiables, affaiblissant et faisant dépérir de nombreux sujets, ont défiguré le paysage. Ne disons pas que l’élagage, même fait dans les règles de l’art, fait du bien à l’arbre, mais plutôt qu’il essaye de faire le moins de mal possible. Toute plaie d’élagage est une porte d’entrée aux agents pathogènes. Les cavités occasionnées par la digestion des cellules vont affaiblir mécaniquement la structure de l’arbre. Si les rejets en nombre important font croire à un regain de vitalité, il faut plutôt y voir un stress et un instinct de survie. Les feuilles ayant un rôle fondamental, leur suppression ou leur diminution fait automatiquement réagir l’arbre qui va utiliser ses réserves pour compenser ce manque. Les rejets auront un ancrage nettement moins bon que la branche initiale, d’autant plus s’ils poussent en périphérie de bois nécrosé. L’élagage peut fragiliser l’arbre. Aujourd’hui, les résultats des recherches scientifiques, initiées notamment par le Professeur américain Alex Shigo, la connaissance en biologie végétale ainsi que les techniques de grimper sur cordes pour accéder à l’ensemble des houppiers, permettent des interventions beaucoup moins néfastes pour l’arbre.
 

Quels types de tailles ?


Outre l’élagage naturel qui permet à l’arbre de se débarrasser lui-même de ses branches mortes, nous pouvons définir cinq types de tailles distincts :
- la taille de formation est destinée à aider les jeunes arbres à se développer en anticipant les problèmes. C’est de loin la taille la plus importante et bénéfique, qui permet de réduire les interventions futures.
- la taille architecturée consiste à conserver et à contenir l’arbre dans une forme définie. Elle peut être en « tête de chat », en « rideau » ou en « marquise ».
- la taille d’entretien a pour but essentiellement de nettoyer l’arbre de ses branches mortes, cassées ou nécrosées. Elle permet également de réaliser une légère éclaircie du houppier, supprimant les branches mal orientées, anticipant la formation de nouvelles branches mortes. En règle générale, elle conserve la physionomie de l’arbre. C’est l’intervention la plus fréquente sur les arbres d’ornement, qui sécurise sans affaiblir.
- la taille de réduction ou de cohabitation est effectuée souvent à défaut de taille de formation, et le résultat d’erreurs passées. Arbres mal situés, sous des réseaux aériens ou trop près de bâtiments ou d’autres végétaux. Cette taille devrait rester exceptionnelle.
- la taille d’accompagnement permet à l’arbre de rester en place malgré un stade physiologique avancé. La sénescence des arbres pouvant durer plusieurs décennies, il est tentant de vouloir les conserver le plus longtemps possible. Témoins souvent séculaires, les arbres vénérables font parfois l’objet d’un acharnement thérapeutique injustifié.

Interventions complémentaires
- le haubanage : la mise en place de haubans spécifiques permet de solidariser des branches maîtresses afin d’en limiter le risque de rupture.
- l’apport de mulch : le système racinaire des arbres ayant également besoin d’attention, l’apport de matière organique au pied des arbres permettra de décompacter naturellement le sol, de retenir l’eau et l’humidité et de limiter les désherbages.
Les arbres sont plus fragiles qu’ils ne paraissent, et en arboriculture ornementale, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Le terme de « taille douce » a beaucoup été utilisé dans les années 1980, en réaction aux tailles drastiques, radicales et mutilantes, mais il est plus adéquat de parler de « taille raisonnée ». Il ne s’agit pas de couper une branche parce qu’elle dépasse, mais bien d’intervenir à bon escient. Un bon alpiniste ne sera pas obligatoirement un bon arboriste ni un bon peintre en bâtiment.

Pascal Atger, arboriste dans le Cher
Conférence lors de la journée à thème sur l'arbre, Bourges 2011

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